--> Comprendre les crises (47) Publication en français de l’ouvrage de Richard Thaler MISBEHAVING, les découvertes de l’économie comportementale.
11 nov 2018
Comprendre les crises (47) Publication en français de l’ouvrage de Richard Thaler MISBEHAVING, les découvertes de l’économie comportementale.

J’avais publié dans le blog en 2013, 2014 et 2017 des articles appelant à s’intéresser à la connaissance des théories économiques pour mieux comprendre le comportement humain et la prise de décision dans des situations de crises.
Le premier article présentait l’apport des travaux du Prix Nobel Daniel Kahneman sur « l’effet de halo » et sur le biais de « pseudo certitude ». Travaux qui montrent que nous privilégions nos premières impressions et que nous agissons souvent selon des vérités périmées. http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article40

Le second traitait de la théorie de la disponibilité qui permet d’appréhender la fréquence avec laquelle les exemples viennent à l’esprit et qui explique notre propension à s’engager plus fortement dans des actions de prévention après une grande catastrophe, mais aussi le délitement rapide de ce comportement vertueux au fur et à mesure que le souvenir de la catastrophe s’éloigne. http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article44
Le troisième faisait suite à l’attribution du Nobel de l’économie, le 9 octobre 2017 à Richard Thaler (université de Chicago) dont les travaux montrent que beaucoup de biais (émotionnels, d’habitudes, sociétaux) nous font prendre des décisions sortant de la rationalité et venant déjouer les mécanismes mis en place pour encadrer la prise de décision. Les travaux de Thaler montrent qu’il y aura toujours une liberté d’agir pour choisir une décision jugée optimale. L’article renvoie à son ouvrage publié en 2015 : Misbehaving. The Making of Behavioural Economics et qui vient d’être édité en français.
http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article96
L’apport de l’économie comportementale est de donner de la chair et du sang aux analyses en y intégrant les passions humaines. Celles-ci sont souvent la cause de comportements déjouant les analyses les plus poussées. Ce qui se passe sous nos yeux en 2018 avec la crise des démocraties en est un exemple. Le fil conducteur de mes précédents articles était un avertissement pour nous nous inciter à mieux réfléchir sur tous les dispositifs d’IA qui se profilent et dont l’objectif est de substituer à la prise de décision humaine, une prise de décision rationnelle aseptisée des biais cognitifs. Le risque est de se trouver un jour face à une crise aggravée par une prise de décision tellement rationnelle qu’elle sera rejetée ou incomprise par les humains à qui elle était destinée.
Pour conclure, il me semble utile de rappeler que la puissance de la stupidité est difficilement modélisable car inacceptable pour les décideurs. Cela constitue en 2018 le terreau le plus fertile des crises majeures à venir.

En savoir plus
La lecture de l’ouvrage de Thaler est à compléter avec celle des travaux de Kahneman (théorie des perspectives, anomalies boursières et les biais cognitifs et émotionnels qui les causent), mais aussi des travaux du professeur Carlo Cipolla exposés en 1976 dans son opuscule les lois fondamentales de la stupidité humaine et dont vous pouvez trouver une présentation dans ce blog :
http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article27
Richard Thaler MISBEHAVING, les découvertes de l’économie comportementale. Seuil ; octobre 2018.

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