--> Comprendre les crises (56) Le coût des catastrophes en 2019 : un inquiétant signal
30 déc 2019
Comprendre les crises (56) Le coût des catastrophes en 2019 : un inquiétant signal

Le second réassureur mondial Swiss-Re a publié en novembre 2019 les premiers chiffres d’estimation du coût des catastrophes naturelles et d’origine humaine pour l’année. Le bilan est à première lecture très positif avec une baisse de l’indemnisation de 40% par rapport à 2018 ( 56 milliards de dollars contre 93 milliards ). Sur les 56 milliards, seuls 6 sont imputables à des origines directement humaines.
J’avais publié dans ce même blog en septembre 2017, une analyse sur ce coût, alors que cette année-là, la charge de l’indemnisation avait atteint plus de 140 milliards de dollars avec notamment la conjonction de plusieurs cyclones majeurs comme IRMA. http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article95
J’avais listé six signaux inquiétants pouvant nous alerter sur la mise en place d’un mécanisme de crise pouvant conduire à un effondrement économique (un faible loyer de l’argent permettant aux assureurs de couvrir les risques assurés ; la faiblesse de la couverture assurantielle mondiale des catastrophes ; une croissance de l’aversion au risque générant des coûts de couverture plus forts et créant le risque de faire chuter la compétitivité ; La persistance de l’augmentation du nombre d’habitants s’installant dans des zones à risques (la baisse de l’intensité des catastrophes est annihilée par l’accroissement des vulnérabilités) ; La création d’un marché financier lié à des obligations catastrophes (les cat bonds) qui transfèrent une grande partie du coût des risques des réassureurs vers des tiers. Cette titrisation des risques ajoute au risque de crise financière. Dernier signal constaté en 2017, des mécanismes financiers à l’opposé d’une culture éthique de la solidarité (des produits assurantiels permettent d’être indemnisés en cas de survenance du risque et en l’absence de de dégâts…et inversement, pas d’indemnité si le risque qui survient est inférieur à celui objet de la couverture mais provoque quand même des dégâts).
Les bons chiffres attendus pour 2019 sont donc trompeurs car ils recouvrent une situation mondiale avec plus de catastrophes et moins d’indemnisation car les habitants des pays touchés sont moins couverts par des polices d’assurance. Cela signifie aussi que le dispositif de couverture des risques n’est pas du tout adapté. Il est impossible de compter uniquement sur une couverture assurantielle dont le modèle économique atteindrait rapidement une limite de pertinence avec un coût de police d’assurance insupportable. La contrepartie ne pourrait être que fiscale avec une diminution équivalente de la pression fiscale sur les particuliers et les entreprises. Le modèle inverse transférant à la solidarité nationale est tout aussi inadapté car il aboutirait à une baisse intolérable de l’implication des citoyens dans la sécurité collective car ils pourraient croire que les pouvoirs publics se substitueront à eux.
Le dispositif le plus efficace est vraisemblablement un mix entre assurance et solidarité nationale mais encore faut-il que les États ne soient pas hésitants face à des dépenses publiques de résilience peu visibles donc potentiellement peu comprises dans une période où la ressource publique est fortement sollicitée sur de multiples sujets. De plus, la possibilité d’emprunt étant aujourd’hui quasi illimitée, rien n’est fait pour mettre en place des dispositifs budgétaires dits « ante catastrophes », aux antipodes des politiques budgétaires qui ont cours.
Disposer de fonds pouvant être massivement mobilisés par les pouvoirs publics pour réduire les conséquences d’une catastrophe n’est pas une piste qui semble privilégiée.
Tout cela participe du débat sur la confiance des citoyens dans les pouvoirs publics. Force est de constater qu’elle s’est passablement érodée. La mise en œuvre d’une démarche intégrée de traitement des risques majeurs est bien un fragment d’une politique globale de sécurité nationale à la condition de la justifier et de travailler sur un périmètre de l’État qui soit en adéquation avec la situation. La conclusion de l’analyse de 2017 est toujours pertinente.
Le traitement de cet enjeu passe par une reconquête des opinions publiques et un meilleur partage des mesures de répartition des charges de sécurité entre les États et les autres partenaires. On voit bien qu’un tel cadre ne peut exister sans une réforme de fond des structures et de la fiscalité.

L’annonce d’une diminution en 2019 des charges d’indemnisation ds catastrophes n’est pas véritablement une bonne nouvelle car la situation montre les failles mondiales de cette prise en charge qui porte les germes d’une crise systémique.

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