--> Comprendre les crises (72) Le coût de l’inaction
26 sep 2021
Comprendre les crises (72) Le coût de l’inaction

La multiplication des catastrophes environnementales liées au changement climatique a relancé l’intérêt sur la prise en compte des coûts de l’inaction dans les principaux domaines de la politique de l’environnement que sont notamment les effets de la pollution de l’air et de l’eau sur la santé humaine ; les accidents industriels ; les catastrophes naturelles et la gestion des ressources naturelles.
Les médias ont ainsi donné en septembre 2021 un écho assez important aux travaux de la BCE sur la prise en compte des effets du changement climatique et des politiques dans le cadre de la conduite de la politique monétaire (impact sur les prix avec l’évolution des dispositifs de taxation du carbone, sur les soldes budgétaires, les coûts opérationnels des entreprises, la productivité, l’inflation …). La BCE a ainsi travaillé sur des scénarios d’évaluation des risques climatiques avec une approche systémique tant il apparaît maintenant clairement que les coûts de l’inaction des pouvoirs publics, des entreprises et des ménages dans le domaine de l’environnement peuvent être catastrophiques et aller jusqu’ à un effondrement des sociétés.
L’enjeu est considérable car il faut avoir pour objectif de réduire les incertitudes sur la survenance des risques et travailler sur la connaissance des coûts marginaux de l’inaction pour les comparer aux coûts marginaux de l’action.
On ne peut que regretter que beaucoup de temps a été perdu depuis la publication en 2005 des travaux de l’OCDE sur les « coûts de l’inaction » face aux grands problèmes d’environnement et du rapport de l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Nicholas Stern, publié en 2006 et qui défendait l’idée d’une action internationale immédiate pour stabiliser les émissions de gaz à effet de serre qui aurait des retombées économiques largement supérieures au coût des mesures prises pour les réduire.
Il y a donc déjà 15 ans l’alternative était bien identifiée entre un engagement à faire évoluer les économies mondiales vers une transition décarbonée rapide où tergiverser et ne pas prendre de mesures adaptées aux risques identifiés et se trouver confronter au scénario baptisé « tragédie de l’horizon » qui verrait se matérialiser les risques climatiques, économiques et sociétaux.
On peut prendre acte que le coût de l’inaction face au changement climatique est un élément du Plan Climat Air Energie Territorial annoncé dans la loi « pour la croissance verte » votée en 2015, mais pour l’instant les mesures prises sont encore timides et font encore l’objet de consultations. Le calcul du coût de l’inaction est un élément central de la prise de décision car sa connaissance sera de nature à faire basculer les décideurs mais aussi les contribuables citoyens dans des démarches environnementales proactives. Le CEREMA travaille ainsi sur une méthode simple à disposition notamment des collectivités pour faire prendre la mesure de l’inaction sous tous les angles (santé, biodiversité, économie, budget …). Il y a encore du chemin à parcourir car malgré le fait que les retours d’expérience des pays industrialisés confrontés à des actions de remise en état de portions de territoires et d’écosystèmes pollués par des accidents industriels peut coûter des milliards d’euros, existent encore des réticences à s’engager résolument dans des politiques publiques ambitieuses faute de pouvoir disposer d’une base consensuelle solide chez les citoyens.
Cela milite pour sortir des débats caricaturaux sur l’écologie qui parfois mélangent allégrement les problèmes (cancel culture, racialisme, culture woke, …). Il serait plus efficace de porter le débat sur les effets redistributifs d’une politique décarbonée en mesurant les impacts sur les riches et les pauvres et en traitant des répercussions sur les uns et les autres au vu de pondérations qui pourront atténuer les aversions aux changements.

En savoir plus :
Coûts de l’inaction face à certains enjeux de la politique de l’environnement : Rapport succinct publié après la réunion du Comité des politiques d’environnement (EPOC) au niveau ministériel ; 28-29 avril 2008
https://www.oecd.org/fr/env/40501458.pdf
Rapport STERN
Évaluation économique des conséquences du dérèglement climatique
https://ise.unige.ch/isdd/spip.php?article165
Plan Climat :
Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET)

CEREMA Centre de ressources de l’adaptation au changement climatique
https://www.cerema.fr/fr/activites/expertise-ingenierie-territoriale/strategie-amenagement-territoires/adaptation-au-changement-climatique/centre-ressources-adaptation-au-changement-climatique

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