--> Comprendre les crises (80) : Les principaux risques mondiaux en 2022 et focus sur les chaines de valeur.
22 mai 2022
Comprendre les crises (80) : Les principaux risques mondiaux en 2022 et focus sur les chaines de valeur.

Les derniers rapports publiés par le Forum économique mondial économique et le FMI viennent malheureusement confirmer la gravité de la situation à l’échelle du globe.
La pandémie et ses conséquences avec notamment un confinement très sévère ordonné par le gouvernement chinois en mai 2022 qui concerne les plus grandes zones économiques du pays, mais aussi l’incertitude sur la persistance de la diffusion du COVID 19, constituent autant de facteurs venant aggraver les autres risques identifiés : la crise climatique, l’aggravation des fractures sociales, l’augmentation des cyber risques et l’instabilité provoquée par la guerre en Ukraine.
Si tous les experts sont d’accord sur la réponse idéale à fournir, à savoir une coordination mondiale pour donner de la cohérence aux réponses, la réalité est que nous sommes encore loin d’être dans une telle situation de sagesse tant les divergences d’intérêt entre pays et entre continents sont encore fortes.
Les experts les plus optimistes estiment qu’il faudra au moins trois ans pour stabiliser la situation économique en espérant qu’un nouveau grain de sable ne vienne pas bouleverser l’actualité.
Ce grain de sable peut être une hyper catastrophe naturelle ou une hypercatastrophe provoquée par une décision humaine. Dans cette catégorie se rangent par exemple la possibilité d’une dégénérescence du conflit russo-ukrainien, la survenance d’un effondrement des réseaux de communication à la suite d’une cyberattaque ou par une « nuit » spatiale provoquée par la perte de constellations satellitaires à la suite d’éruptions solaires.
La seule chose qui semble certaine est que les cybermenaces, qu’elles soient volontaires ou subies se développent désormais plus rapidement que la capacité humaine à les éradiquer définitivement. C’est ce qui ressort de toutes les communications réalisées lors du dernier forum mondial. La dépendance de plus en plus en grande au numérique avec des acteurs de plus en plus gigantesques ne fait qu’accroitre la probabilité de survenance d’un effondrement des réseaux qui toucherait plusieurs centaines de millions ou même quelques milliards d’individus.

Le FMI a publié en avril dernier des documents présentant d’intéressantes analyses sur les flux des échanges mondiaux et la diversification des chaînes de valeur mondiales.Ces thèmes ont déjà été évoqués à plusieurs reprises dans ce blog.
Le FMI procède d’abord au constat positif que si les échanges mondiaux ont été fortement secoués avec les différents confinements, cela n’a pas provoqué un effondrement du commerce international qui s’est avéré plus résilient que lors de précédentes crises mondiales.
Le FMI nous apprend qu’environ 60 % de la baisse des importations au cours de la première moitié de 2020 sont imputables aux confinements et que ce sont les secteurs dépendant largement des chaînes de valeur mondiales qui ont été les plus touchés comme par exemple les productions nécessitant des composants électroniques.
L’autre enseignement est que la solution n’est pas dans un démantèlement des chaines de valeur globales mais plutôt dans une diversification et une adaptation pays par pays et par continent de ces chaines.
Ci-après un extrait de l’analyse du FMI :
Le FMI a procédé à une simulation des effets des perturbations dans un modèle économique mondial et comparé les résultats obtenus avec des niveaux de diversification plus importants ou avec une plus grande capacité de substitution (à savoir la facilité avec laquelle un producteur peut se procurer des intrants en passant d’un fournisseur d’un pays à un autre).
Deux scénarios ont été étudiés : Le premier avec des perturbations de l’approvisionnement dans un seul grand pays fournisseur d’intrants, le second avec des chocs sur l’approvisionnement dans plusieurs pays. La modélisation montre que le fait de diversifier réduit les pertes économiques mondiales en cas de perturbations de l’approvisionnement. À la suite d’une contraction notable (25 %) de l’offre de main d’œuvre dans un seul grand pays fournisseur mondial, le produit intérieur brut d’une économie moyenne diminue de 0,8 % dans le scénario de référence. Dans le scénario basé sur une plus grande diversification, cette baisse est réduite de près de la moitié.
Une plus grande diversification permet également de réduire la volatilité lorsque plusieurs pays sont frappés par des chocs sur l’approvisionnement. Nous estimons que la volatilité de la croissance économique dans le pays moyen est réduite d’environ 5 % dans ce scénario. En revanche, la diversification n’offre que peu de protection lorsqu’une perturbation majeure frappe tous les pays au même moment, comme cela a été le cas au cours des quatre premiers mois de la pandémie.
Les pays peuvent diversifier leur approvisionnement en se procurant davantage d’intrants intermédiaires à l’étranger. Actuellement, on constate une forte tendance à privilégier la production nationale pour se procurer ce type d’intrant. Les entreprises de l’hémisphère occidental, par exemple, se procurent 82 % des intrants intermédiaires dans leur propre pays. Ainsi, relocaliser la production diminuerait encore davantage la diversification.
Il existe deux façons d’améliorer la capacité de substitution des intrants : en accroissant la flexibilité de la production, comme lorsque Tesla, le fabricant de voitures électriques, a revu son organisation afin de permettre l’utilisation d’autres semi-conducteurs dans ses voitures face à la pénurie, ou en normalisant les intrants à l’échelle internationale. General Motors a, quant à lui annoncé travailler désormais avec des fournisseurs de semi-conducteurs avec pour objectif de réduire de 95 % le nombre de puces spécifiques utilisées, les limitant à trois groupes de microcontrôleurs.
Cette normalisation a permis de remplacer un grand nombre de puces en supprimant les coûts de substitution. Dans le scénario d’une contraction de 25 % de l’offre de main d’œuvre chez un grand fournisseur mondial d’intrants intermédiaires, une capacité de substitution accrue permet de réduire d’environ quatre cinquièmes les pertes de PIB dans tous les pays (autres que le pays source).
Autre enseignement intéressant, l’amélioration de la résilience des chaines de valeur n’est efficace que si elle est réalisée à l’échelle d’un écosystème associant pouvoirs publics, entreprises et citoyens Les politiques publiques doivent créer un environnement favorable (fiscalité, infrastructures etc), les entreprises prendre les décisions adéquates dans les domaines de la logistique commerciale, de leur propre organisation, des coûts, de la circulation de l’information.

La situation actuelle vient encore d’envoyer de multiples signaux incitant à l’identification préventive des risques par notamment la mise en place de dispositifs d’analyse et d’alertes, l’enjeu étant la détection précoce d’événements potentiellement catastrophiques Mais la détection sans un partage de données à l’échelle des pays (et entre les différents acteurs de ces pays) et des continents et sans un engagement des acteurs locaux à l’échelle de territoires sera insuffisante. Tout cela passe par une évolution du système éducatif et très certainement des systèmes politiques mais en avons-nous encore le temps ?

En savoir plus
Site du FMI
Les échanges mondiaux ont besoin d’une plus grande diversité d’approvisionnement
https://www.imf.org/fr/News/Articles/2022/04/12/blog041222-sm2022-weo-ch4
Travaux d’Andrea Presbitero, économiste principal au département des études du FMI, chercheur au Center for Economic and Policy Research dans le cadre du programme de macroéconomie et de finance internationales, et chercheur associé à la SAIS Europe. Rédacteur adjoint du IMF Economic Review, de la revue Economia (LACEA) et du Journal of Financial Stability. https://sites.google.com/site/presbitero/
Global Risks Report 2022
https://www.weforum.org/reports/global-risks-report-2022/
Le Global Risks Report 2022 a été mis au point avec le Conseil consultatif sur les risques mondiaux du Forum Économique Mondial, Marsh McLennan, SK Group, Zurich Insurance Group, l’Oxford Martin School (Université d’Oxford), l’Université nationale de Singapour et le Wharton Risk Management and Decision Processes Center (Université de Pennsylvanie).

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