--> Comprendre les crises (2)<br/> Lire ou relire Felix Ravaisson
18 fév 2012
Comprendre les crises (2)
Lire ou relire Felix Ravaisson

De l’habitude

Qui se souvient de Ravaisson ? Contemporain d’Alfred de Musset, Honoré de Balzac, Lamartine, Thiers et Chateaubriand, conservateur du département des antiquités du Louvre, il sera aussi président du jury de l’agrégation de philosophie et il certainement celui qui influencera le plus la pensée de Bergson mais aussi d’Heidegger. Il écrira de 1834 à 1846 des textes remarquables sur la Métaphysique d’Aristote. La thèse de doctorat soutenue par Ravaisson en 1838 porte sur l’Habitude. Il en tire en 1894 une note d’une rare clairvoyance pour qui s’intéresse aux fondamentaux qui animent l’homme. Elle sera publiée dans la Revue de Métaphysique et de Morale. Ce texte sera lu et relu par Bergson. Rendant hommage à celui qu’il considérait comme son maître, il déclarera lors d’une séance de l’Institut en 1904 « Quoi de plus hardi, quoi de plus nouveau que de venir annoncer aux physiciens que l’inerte s’expliquera par le vivant, aux biologistes que la vie ne se comprendra que par la pensée, aux philosophes que les généralités ne sont pas philosophiques, aux maîtres que le tout doit s’enseigner avant les éléments, aux écoliers qu’il faut commencer par la perfection, à l’homme, plus que jamais livré à l’égoïsme et à la haine, que le mobile naturel de l’homme est la générosité ? »
Ces seules lignes mettent en évidence l’apport que peut apporter la lecture de Ravaisson à la compréhension des crises. De l’habitude est un texte de quelques dizaines de pages. Il est possible de le lire des dizaines de fois et d’y trouver à chaque fois matière à découvrir nos ressorts d’actions et l’explication de nombres de nos échecs.
Les quelques phrases ci-après sont extraites de l’ouvrage dont le texte intégral est disponible sur le site http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/philo/textesph/ravaisson.pdf
L’habitude acquise est celle qui est la conséquence d’un changement. Mais ce qu’on entend spécialement par l’habitude, et ce qui fait le sujet de ce travail, ce n’est pas seulement l’habitude acquise, mais l’habitude contractée, par suite d’un changement, à l’égard de ce changement même qui lui a donné naissance. Or, si l’habitude, une fois acquise, est une manière d’être générale, permanente, et si le changement est passager, l’habitude subsiste au-delà du changement dont elle est le résultat. En outre, si elle ne se rapporte, en tant qu’elle est une habitude, et par son essence même, qu’au changement qui l’a engendrée, l’habitude subsiste pour un changement qui n’est plus et qui n’est pas encore, pour un changement possible ; c’est là le signe même auquel elle doit être reconnue. Ce n’est pas seulement un état, mais une disposition, une vertu…..Rien n’est donc susceptible d’habitude que ce qui est susceptible de changement ; mais tout ce qui est susceptible de changement n’est pas par cela seul susceptible d’habitude…L’habitude n’implique pas seulement la mutabilité ; elle suppose un changement dans la disposition, dans la puissance, dans la vertu intérieure de ce en quoi le changement se passe, et qui ne change point…L’histoire de l’habitude représente le retour de la liberté à la nature, ou plutôt l’invasion du domaine de la liberté par la spontanéité naturelle.

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