--> Au bonheur de la République
04 sep 2011
Au bonheur de la République

Un extrait…

Depuis l’an 2021, la France et le monde en général vivaient dans une douce béatitude. La plupart des conflits internationaux s’étaient apaisés. La croissance économique était répartie de façon à peu près égale entre les continents. Après le krach boursier général de 2017, l’ensemble des pays industrialisés avaient accepté l’idée d’une sorte de gouvernance mondiale régulant la répartition de la richesse. Cela n’allait pas parfois sans quelques vives discussions entre dirigeants politiques et banquiers, mais après cinq années de tâtonnement, un équilibre avait été trouvé. Le problème de l’énergie avait été pratiquement résolu, pétrole et charbon continuaient à alimenter les industries sans générer de pollution car un procédé peu onéreux de catalyse avait permis de réduire pratiquement à néant les émissions de gaz carbonique. Les pays possédant des centrales nucléaires continuaient à les utiliser, les autres pourvoyaient à leurs besoins par toutes sortes de procédés, pétrole et charbon, mais également hydrogène et gaz de toutes sortes. Le réchauffement de la planète qui avait tant préoccupé nos concitoyens au tout début du siècle était devenu un sujet de plaisanterie. Les seuls à ne pas rire étaient les actionnaires de la ligne commerciale Vladivostock-Yokohama, ruinés en 2020 après que la banquise se soit reconstituée en quelques mois. Elle avait mis autant de zèle à se solidifier qu’à fondre.

L’ONU existait toujours et son fonctionnement était un modèle du genre. Il n’y avait plus qu’une dizaine de membres : l’Union Européenne était devenue une Fédération qui comprenait plus de cinquante Etats dont la Russie. L’Union de la Méditerranée et de l’Afrique réunie avait réussi à stopper l’ensemble des conflits régionaux de la zone. Les Etats-Unis Globaux associaient tous les Etats du Nord et du Sud de l’Amérique. Quant à la fédération de Chine, elle était sur le point de négocier un accord d’association-intégration avec le Japon et la Fédération Indienne qui regroupait depuis 2070 l’ensemble des Etats du sous-continent. Quelques irréductibles n’avaient pas voulu se joindre à ce grand mouvement d’intégration, l’Australie, l’Andorre, la Principauté de Monaco et le Vatican. Les grandes fédérations avaient délégué à l’ONU la gestion des macro-équilibres économiques. Le mot « conflit » n’était plus employé que par les historiens. Les armées des grands pays subsistaient pour faire face aux catastrophes naturelles majeures, toujours nombreuses, car leur gestion nécessitait une logistique et un savoir-faire que seuls les militaires avaient su préserver.

Il faut dire que la planète ne comptait plus qu’un milliard d’habitants.

Une pandémie en 2015 avait anéanti une grande partie de la population.

En moins de six mois une sorte de grippe aviaire avait décimé les grandes concentrations urbaines. Un virus mutant associant le VIH, le H5N1 et la rougeole s’était répandu comme une traînée de poudre. Aussi curieux que cela puisse paraître, un canard sauvage blessé à l’aile avant son départ pour la migration annuelle, avait été capturé par un jeune macaque. Celui-ci avait apporté sa trouvaille au groupe. Plusieurs femelles étant mortes, le malheureux canard était devenu le jouet sexuel des singes pendant plusieurs jours avant de s’enfuir. Epuisé, le volatile avait échoué sur un navire ou le cuisinier, infecté par le virus de la rougeole l’avait dépecé et mangé.

Le foie, dégusté à peine poêlé, s’était transformé en un infernal incubateur du nouveau virus. L’équipage du navire contamina en quelques jours le monde entier. Chacun des marins rentrant chez lui par avion fut un vecteur de la nouvelle maladie. Quinze nationalités composaient cet équipage ce qui explique la rapidité du désastre. Enfin tout cela était de l’histoire ancienne…

Depuis la reconstruction du système de gouvernance mondiale, les pays fédérés comme la France, déchargés des soucis budgétaires et stratégiques se consacraient à la politique au sens le plus noble du terme. Les rapports entre les hommes d’une même « Cité » au sens aristotélicien, étaient au centre des débats quotidiens. La presse écrite, que l’on avait cru enterrée, était renaissante, aidée par les technologies numériques. Elle s’était investie dans une quête de recherche du bien suprême de la communauté. On n’osait plus employer le terme de « communauté nationale », trop connoté, dans ce monde harmonieux où les rivalités historiques entre nations s’étaient dissipées mais plutôt celui de « communauté des citoyens ». Une telle appellation préparait les esprits à une future citoyenneté internationale que les tenants d’un ordre universel promouvaient.

L’un des grands débats qui occupait les citoyens depuis une dizaine d’années était la parité.

La pandémie avait permis de revenir aux fondamentaux de la cité décrite si justement par Aristote. Sa genèse de la Cité était au centre des avancées politiques « Ainsi, il est nécessaire tout d’abord que s’unissent les êtres qui ne peuvent exister l’un sans l’autre, par exemple la femme et l’homme en vue de la procréation… et celui qui commande et celui qui est commandé, et ce par nature, en vue de leur mutuelle sauvegarde…

Le hasard de la gestion de la crise de la pandémie avait fait que la plupart des postes de responsabilité avaient été occupés par des hommes. Ce que le hasard avait construit, la quiétude et la prospérité ne pouvaient s’en satisfaire. Peu à peu, un mouvement suscité par quelques politiques avait fait de la parité un cheval de bataille.

C’était d’ailleurs le seul sujet qui provoquait quelquefois des éclats dans les ministères et les dîners en ville. La France était à la pointe de ce mouvement. Les sociologues et historiens avaient justement rappelé que notre pays, avant les grandes crises, s’était intéressé au problème et que quelques réformes avaient vu le jour pendant une vingtaine d’années entre les années 1980 et 2000 ;

On le voit, un tel contexte était propice au bouillonnement des idées et des initiatives…

http://www4.fnac.com/mp2999023/AU-BONHEUR-DE-LA-REPUBLIQUE

Roman d’anticipation
Editeur : Manuscrit.com
Date de parution : février 2009
ISBN : 978-2-304-02526-2
Format : 167 pages

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