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11 mar 2012
Comprendre les crises (5)
Lire ou relire René PASSET

Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire

René Passet, professeur émérite à Paris I est vraisemblablement le plus éminent des précurseurs d’une approche transdisciplinaire en économie.
Premier président du conseil scientifique d’ATAC, il est néanmoins un analyste lucide de la mondialisation qu’il est loin de récuser. Je
suggère de lire parallèlement au texte de René Passet l’ouvrage majeur de Friedrich Hayek : Droit, législation et liberté. La vision libérale d’Hayek sur les questions de centralisation et de décentralisation, mais également son analyse des valeurs négatives (Paix, liberté et justice) permet de se forger un jugement solide sur les faiblesses actuelles et les réponses possibles pour imaginer de surmonter le contexte actuel de crises.

L’ouvrage de René Passet , publié en octobre 2010, est une somme qui embrasse l’histoire de notre univers en montrant que la complexité actuelle ne peut s’appréhender que par une approche transverse. De la même façon, les réponses à cette complexité exigent de faire appel à des méthodes pluridisciplinaires et à du recul, deux choses que nous ne réalisons pas spontanément. Dans l’introduction de son ouvrage, Passet rappelle opportunément que c’est dans notre esprit et non dans la réalité que se fait la division des regards que nous portons sur le monde. Confrontés aux mêmes réalités, nous avons choisi - pour des raisons d’efficacité – de les observer sous des angles spécifiques et de leur poser des questions différentes. C’est par la nature de ces questions que se différencient les disciplines auxquelles nous appartenons. Mais par définition, chacune de ces disciplines ne peut accéder qu’à une vision partielle du réel.
Nous avons fait l’erreur quand nous avons présenté l’approche globale du monde, des crises, de la sécurité, de réaliser ce que nous avons imaginé être une avancée, par une spécialisation des tâches. Notre vieux réflexe de créer des typologies, des segmentations n’a pas été bousculé, ou si peu. Le monde tel qu’il est aujourd’hui, les crises qu’il génère, nécessitent de rapprocher, croiser, collaborer. Les savoirs demeurent toujours affaires de spécialistes, mais nous manquons toujours cruellement d’espaces de rencontres. Le progrès, mais aussi le salut, quand une crise majeure est à résoudre, viendront de lieux d’échanges et de confiance.
René Passet nous explique aussi que le progrès de l’humanité n’a jamais été le fruit d’une accumulation de savoirs mais du changement de regard que les hommes portent sur le monde…
Le millier de pages décrivant l’évolution de notre monde s’achève sur une présentation des principes d’organisation et notamment sur le pouvoir de décision. Chaque niveau d’organisation doit être informé de la finalité de l’ensemble. Voilà où se situent aujourd’hui les marges de progression dans nos vieux systèmes à bout de souffle. Cela veut dire dans la pratique que centralisation et décentralisation ne sont pas antagonistes mais complémentaires mais à la condition, nous dit Passet, que le centre puisse disposer de la maîtrise de l’information et du pouvoir d’impulsion. Seule une telle précaution permet d’assurer une marche cohérente du tout. Il nous faut réfléchir à répartir le pouvoir de décision par niveaux d’organisation. Le rôle des gouvernants est de bien identifier à quel niveau une décision développe ses conséquences et d’attribuer à ce niveau le pouvoir de décision adéquat. Cela peut apparaitre simple et de bon sens, mais, dans un pays comme la France, une telle répartition est porteuse de bouleversements. A partir du moment où une collectivité assure son contrôle sur les fonctions majeures dont dépend son évolution, le champ réservé à l’initiative privée reste considérable.
Le règlement de ces questions va bien au-delà de notre espace national car les années qui viennent de s’écouler nous ont démontré, s’il en était besoin que le « contrôle des fonctions majeures » se situe parfois au niveau mondial. La mise au point d’une gouvernance mondiale crédible et acceptable est plus qu’un chantier, c’est le défi à relever sous peine d’accélérer l’effondrement de notre monde. La dernière phrase de l’ouvrage est un appel : Pour être resté trop longtemps sourd aux avertissements, le monde n’a plus beaucoup de temps à perdre.

En savoir plus sur René Passet :
http://www.rfi.fr/emission/20101212-1-rene-passet

Écouter Hayek

http://www.youtube.com/watch?v=h5VFEzzd0eE&list=PL94A84750F2383FDC&feature=plcp&context=C4a02271FDvjVQa1PpcFPw9OEbYEjkN14mnywKMUP6hRavadcsDwY=

Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire
Éditeur:Les Liens qui Libèrent ; 2010 ;
ISBN 2-9185-9708-2

Friedrich Hayek
Droit, législation et liberté
Éditeur : PUF ; 2007

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