--> De la rébellion à la réaction
05 avr 2012
De la rébellion à la réaction

Le grand public ne connaît guère de D.H Lawrence que son roman publié en 1928, l’amant de lady Chaterley. Destin tragique que celui de Lawrence. Il entame une vie d’exil juste après la fin de la première guerre mondiale. Tuberculeux depuis 1925, il meurt en France, à Saint Paul de Vence en 1930 âgé de 44 ans. Un recueil de textes inédits, Phœnix est publié en 1936 aux États-Unis. Il faudra attendre 2004 pour voir l’ouvrage traduit en Français sous le titre De la rébellion à la réaction. Il regroupe quinze courts écrits traitant de sujets comme la démocratie, la paix, la conscience, la religion et une remarquable note inachevée sur le duc de Lauzun. Lawrence brosse en quelques pages une vision cruelle du 18eme siècle français : Rien de bon ne se passait alors en France. Sentimentalité, derniers sursauts de la philosophie de l’encyclopédie, mauvais romans, vide absolu. On aurait presque dit qu’en cette fin de monarchie (celle de Louis XVI), le diable lui-même avait monté une conspiration générale pour falsifier l’existence et étouffer dans l’œuf le moindre sentiment honnête et vrai. Tout en effet, conspirait alors à rendre les hommes petits et mesquins …l’envie, le dépit s’exprimaient alors, comme aujourd’hui, avec un humour sans élévation, en bons mots…
Ces lignes écrites entre deux guerres mondiales sont révélatrices d’une œuvre politique méconnue. Dépourvu de tout espoir dans une société industrielle qui a crée les conditions d’une guerre totale, il écrit des romans érotiques qui vont durablement masquer sa pensée politique . L’utopie socialiste de Lawrence s’exprime dans les échecs. Sa conviction profonde qui transparait dans De la rébellion à la réaction est que la société idéale ne pourra être qu’autoritaire et élitiste. Sa proximité avec Aldous Huxley, avec qui il se lie d’amitié à Florence vers 1925, peut expliquer l’enracinement de son pessimisme envers la société. Dans le chapitre qui traite de la démocratie, Lawrence exprime avec force que les grands idéaux tels que la fraternité, l’égalité ont des sens différents selon les pays. Il les compare dans son étude entre la France et l’Allemagne qui viennent de se déchirer. Il nous dit que nos âmes, si elles peuvent forger un même idéal, vont néanmoins le briser inéluctablement. Il arrive toujours un point de non-retour où l’idéal qui existe en chacun de nous est expulsé. A ce stade-là, il ne peut que se fracasser car tous les idéaux finissent dans le matérialisme le plus pur. Avec cynisme il nous expose dans un raccourci saisissant le dilemme ultime : Une moitié de l’humanité dit que les illettrés, étant la majorité doivent être les propriétaires, l’autre moitié prétendant que les intellectuels, qui sont les Lumières, doivent être les propriétaires…
Sa conclusion est simple, pour nous accomplir, il faut renoncer à toute propriété, y compris bien sûr pour les États, car nationaliser des biens pour le profit de la collectivité, n’est qu’une variante de la propriété et ne règle rien.
La lecture de Lawrence est une leçon d’humilité. Il nous rappelle que malgré notre marche vers toujours plus de connaissance, nous sommes notre propre et plus implacable ennemi car notre propension à développer des pulsions destructrices n’a de limite que notre propre disparition….

David Herbert Lawrence
En savoir plus :
http://www.mayak.be/Bibliotheque/LectureLawrence.html

Partager cet article