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21 avr 2012
Partager son temps

Lettre d’un ami qui dispose de beaucoup de temps libre, après en avoir manqué pendant les trente dernières années précédentes...
Une telle situation conduit forcément à considérer d’un regard très différent sa propre existence.

J’ai tout d’abord été déstabilisé au début de ma retraite dans la gestion de mon propre temps. J’ai mis plus de deux années à entièrement réaliser ceci : ce sur quoi j’avais acquis dans mon passé professionnel des atouts rarement réunis par une seule personne : une expérience approfondie des secteurs privé et public, du métier de conseil, de la création de deux belles TPE était en fait ce qui continuait à m’intéresser le plus...
Je fais partie des personnes qui n’aiment pas faire du « moyen », proche pour moi du médiocre. Me mettre activement au dessin ou à la musique, y consacrer au moins deux heures par jour, n’auraient pas donné des résultats qui m’auraient satisfait. La randonnée que j’ai pratiqué presque chaque semaine au cours de cette période de transition, c’était sympathique mais pas suffisant comme occupation à mon goût. Prendre la présidence d’une association ? j’avais déjà donné en tant qu’étudiant, et n’en éprouvais plus aucune envie. Écrire, cela me tentait, mais avec mon ascendance composée d’auteurs connus ,je connaissais trop bien mes propres limites pour « accoucher » d’une propre prose qui me satisfasse.

Rencontrer des amis passés, m’occuper épisodiquement de ma première petite fille, écouter de la musique ou aller au cinéma ou au théâtre, effectuer un grand voyage par an ne me suffisaient pas. Quant au bricolage, au jardinage ou à faire la cuisine, je ne suis vraiment pas doué pour cela, et n’ai pas envie de m’y mettre.

J’ai tâtonné avant de décider de consacrer une grande partie de mon temps disponible, à des activités de mentoring ou/et conseil en stratégie de carrière. Dès le début, je n’ai pas souhaité gagner de l’argent en complément avec ces activités. J’en perçois suffisamment par différentes sources à ce moment-là de ma vie, et dispose par ailleurs d’un patrimoine conséquent. Je sais également que ce qui est gratuit n’a pas de valeur, lorsque l’on opère en univers habituellement marchand.

J’ai trouvé une solution qui puisse satisfaire les trois parties en présence : la personne que je reçois, une association à qui je lui demande de faire un don maintenant ou plus tard et moi-même...

Je reçois depuis septembre 2009 environ 10 personnes chaque semaine. Je m’oblige à rédiger un retour plus ou moins long pour chaque entretien co-créé avec l’intéressé(e). Ceci, en poursuivant un double but : laisser à l’interlocuteur une trace écrite des moments importants de cet entretien ; pouvoir y revenir plus tard si l’envie me prenait de rédiger à un moment ou à un autre de mes prochaines années sur cette expérience passionnante et riche de transmissions de toutes sortes –l’acte de transmettre à des autrui devrait à mon sens être l’une des occupations principales des hommes et femmes ayant pu exprimer et développer des talents à haut niveau dans leur parcours professionnel. Ce que j’ apporte à mes interlocuteurs , m’est largement rendu lors de chaque entretien, qui est pour moi une joie renouvelée que je ne pouvais pas imaginer lorsque j’étais encore en activité.

Propos d’un ami qui est fraternel à lui même comme il l’est pour son prochain. Il fait partie de ceux qui ont pleinement intériorisé les propos d’Alain sur la fraternité : "il faut jurer de l’homme, et porter légèrement les déceptions. L’optimisme finit par se communiquer, et revenir à nous, créant l’atmosphère de paix ...

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