--> Lire ou relire Ulrich Beck
06 mai 2012
Lire ou relire Ulrich Beck

Pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la mondialisation

L’ouvrage a été publié en Allemagne en 2002. Il est traduit une année plus tard en France. Il pose très précisément les termes d’un débat désormais bien installé et qui est au cœur de nos actuelles préoccupations. Les États tels que nous les avons connus, tels qu’ils nous ont été enseignés, tels que nous les ressentons vivent mal la mondialisation car elle oblige à renoncer à des pans entiers de pouvoirs traditionnels. Beck n’oublie pas de traiter l’autre versant de la question. Car si l’on peut comprendre qu’un monde portant des valeurs de plus en plus universelles est en train de grandir sous nos yeux, comment mettre en place des contrôles démocratiques pour le rendre supportable ? Il ne s’agit pas de combattre la mondialisation des échanges (économiques, culturels, sociaux…), elle est un fait marqueur du nouveau millénaire et seule une hyper catastrophe planétaire pourrait la ralentir ou la stopper. L’un des thèmes de prédilection de Beck est d’ailleurs de marteler que les nouveaux dangers auxquels nous sommes exposés et que nous contribuons à faire prospérer ne feront pas de différences entre races, nations et continents. Il expose la maxime centrale du nouveau réalisme cosmopolitique, dont le paradoxe n’est qu’apparent : à l’âge d’or des crises et des risques globaux, la politique des « menottes d’or », c’est-à-dire la création d’un réseau dense de dépendances transnationales aboutit à une reconquête de l’indépendance nationale- y compris et surtout face aux prises de pouvoir d’une économie mondiale par trop mobile.
Nous assistons à une transformation silencieuse, majeure du système national et transnational qui régulait jusqu’à présent la planète et qui était entre les mains des seuls États. En s’affranchissant durablement du pouvoir territorial qui régulait seul les unités de production, l’économie oblige à une relecture et à une redéfinition du pouvoir. La digitalisation du pouvoir est devenue une réalité qui ne peut que s’amplifier et dont le terme sera une nouvelle régulation. L’hypothèse pessimiste est la survenance d’un chaos qui mettrait à bas l’humanité.
Un autre point doit nous interpeller. La perception du danger par chaque citoyen est en train d’évoluer très vite. Il y encore peu, la croyance en ce que les États pouvaient assurer la sécurité intérieure et extérieure était forte. Elle assurait leur légitimité. La perte de confiance des citoyens dans ce pouvoir dit « régalien » entraine inexorablement une extinction du devoir d’obéissance. La seule option qui se présente aux États nationaux est d’évoluer en intégrant du transnational dans l’exercice de leur pouvoir…Le défi auquel nous sommes confrontés et de faire prospérer la démocratie dans un système inévitablement transnational. Il est à souhaiter que nous y parvenons car un retour au vieux concept voudrait dire que l’humanité aurait parvenu à se détruire….
Les huit chapitres de Pouvoir et contre-pouvoir sont à lire sans modération pour se forger une opinion sur le choix de société qui est en train de naître et dont nous pouvons encore accompagner la construction.

En savoir plus sur l’ouvrage et sur Ulrich Beck :
http://www.philomag.com/article,entretien,ulrich-beck-il-y-a-toujours-eu-des-intellectuels-pour-annoncer-la-fin-du-monde,464.php

Pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la mondialisation
Éditeur pour la France : Flammarion - Aubier ; 2003

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