--> Etat et mondialisation
30 jui 2012
Etat et mondialisation

La mondialisation est un fait. Elle oblige à penser une nouvelle articulation des pouvoirs entre les entreprises et les États. Entre un État immobile et un État dépassé se trouve l’espace pour un État moderne, capable d’inventer de nouvelles régulations et de donner de la cohérence aux niveaux nationaux, européens ou mondiaux. Il est indispensable de les utiliser tous car chacun à un sens et chacun donne du sens à l’autre. Une approche par réseaux ou nœuds de réseaux permet de traiter simultanément les dimensions globales et locales car ces deux dimensions montent en puissance de manière simultanée. Cette logique conduit à un grand défi : la capacité, par exemple à s’imposer dans cette économie intriquée, grâce à l’émergence de pôles de compétitivité, de clusters, de districts, ces éléments étant largement empruntés aux théories britannique, italienne et beaucoup plus récemment française. Il est donc incorrect d’opposer l’État et le marché. Je crois au contraire, comme l’indique la politique des pôles de compétitivité, qu’une synergie nouvelle doit s’instaurer entre, d’une part, la politique des entreprises, qui elle-même dépend très largement, et de plus en plus, d’une législation fiscale, sociale ou environnementale, et d’autre part les administrations publiques. Fait nouveau, ces dernières pour retrouver de la légitimité ne doivent pas la tirer du seul État-Nation - car les missions qu’elles exercent ne découlent pas uniquement de celui-ci- mais de l’intégration de compétences provenant de multiples niveaux, local, régional, français, européen, et aussi mondial, au travers d’instances comme l’OMC. Elles ont un rôle croissant à jouer dans la régulation de cette économie globalisée.
Il faut aussi lever l’hypothèque d’un courant de pensée qui voit ce paysage d’hyper concurrence et de globalisation à travers le prisme de la guerre. Elle est appelée "économique" pour la différencier des conflits armés. Pourtant le seul emploi du terme est lourd de sens. L’employer pour qualifier des relations économiques, même exacerbées est de mon point de vue absurde, malhonnête et égoïste. Nous assistons, après un passage à vide de plusieurs siècles, à la renaissance d’un certain nombre de pays, tels que la Chine, l’Inde , le Brésil ou même le Vietnam.
Notre problème, plus que la guerre est l’égoïsme. Nous pensions que le monde était l’Occident et l’avions organisé comme tel, avec nos règles. Aujourd’hui, les autres pays - qui représentent 3 milliards d’habitants - souhaitent mieux vivre en s’invitant au processus de répartition mondiale de la richesse. Cette contribution n’est pas négative pour nous à la condition de ne pas la comprendre comme une guerre. Le vrai problème est de ne pas céder à la facilité de se désigner un ennemi et de se fixer comme but de guerre de lui interdire de nous rattraper. Nous devons plutôt considérer que chacun est libre de vivre et de se développer et que nous avons eu nous aussi l’opportunité de participer à des vagues antérieures d’industrialisation. C’est également faire fi du constat de bon sens que le concurrent d’aujourd’hui est le partenaire de demain.

Le pouvoir des prochains dirigeants de nos pays sera de plus en plus faible si nous ne repensons pas le fonctionnement de l’État en prenant en compte son environnement réel. L’euro, l’Union européenne,la globalisation et la décentralisation ont retiré à l’État une part non négligeable de son pouvoir de gérer l’identité économique du pays.
Pourtant, l’État demeure porteur d’un nombre croissant de fonctions obligeant à l’augmentation des prélèvements obligatoires. Il doit être performant et crédible pour assurer cette mission sous peine de s’affaiblir encore. Cela se traduira par une inversion de la courbe des prélèvements obligatoires, puisque l’État ne pourra qu’inciter les individus à s’assurer dans le privé, plus compétent. Nous pourrions ainsi assister progressivement à un outsourcing d’une grande partie des fonctions publiques, comme dans certains États, par exemple pour la sécurité. Ce basculement est aussi visible dans le secteur de la justice, parce que les activités transnationales sont de plus en plus gérées par le contrat et donc par les juristes, et non plus par la loi, inexistante au niveau transnational. Or l’absence dans le contrat de base étatique ou interétatique, c’est-à-dire légale, conduit de manière dramatique à une lente fusion de l’économie légale et criminelle.
A force de ne pas s’interroger sur la pertinence de nos choix et d’oublier l’utilité des vraies stratégies d’alliance, nous perdons de notre influence. Nous refusons par exemple de voir que des relations spécifiques d’État à entreprises, en dépassant les nationalités sont possibles car les emplois vont devenir de plus en plus nomades. Les logiques de réseaux, qui seront de territoire, d’entreprise, ou parfois mixtes, notamment avec les pôles de compétitivité favoriseront une alliance structurelle et métissée. Le gouvernement de demain ne sera plus un gouvernement d’autorité mais de coordination et de cohérence. C’est par ce qu’il saura coordonner et donner du sens qu’il retrouvera de l’autorité.
Ne pas évoluer ainsi nous condamnera à la solitude qui est la pauvreté de demain.

J’ai écrit ce texte en 2007 dans le contexte de mise en place des pôles de compétitivité. Il me semble avoir peu vieilli...

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