--> Un futur bien sombre ?
15 jui 2012
Un futur bien sombre ?

Le Think tank public de la CIA, le National Intelligence Council (NIC), vient de publier les grandes lignes de son pré-rapport sur les perspectives mondiales à échéance de 2030 : "Global Trends 2030" . Le précédent document datait de 2008, tout comme le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale élaboré par le gouvernement français. Le document final américain devrait être rendu public après l’élection présidentielle de novembre 2012. Les travaux des analystes d’outre-Atlantique tournent autour de trois scénarios dont aucun n’est optimiste. La consécration du continent asiatique comme zone de future puissance mondiale semble être le fil conducteur de ce rapport. Les scénarios s’intitulent : "retour en arrière", "coopération" et "désintégration". Le retour en arrière se fonde sur la tentation d’un repli sur eux-mêmes des États occidentaux en raison de la crise économique et financière qui s’annonce longue, donc propice à nourrir les replis et les égoïsmes. Le scénario de la coopération est décrit comme le plus favorable mais aussi le plus difficile à atteindre. Il reposerait sur des convergences fortes entre Chine et Amérique. Le scénario de la désintégration pousse au maximum les conséquences négatives des risques environnementaux et sociaux que nous voyons prendre forme tout autour de nous.
Cette analyse américaine n’est pas isolée. Deux documents français, l’un émanant de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée Nationale sur l’impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense publié en février 2012 et l’autre de la délégation sénatoriale à la prospective, sur le thème des nouvelles menaces des maladies émergentes, en juillet 2012 vont dans le même sens. Le premier dresse un constat lucide sur l’exacerbation et l’intrication des risques environnementaux et sociétaux qui portent les germes d’une intensification des conflits liés notamment aux problèmes de sécheresse, de dégradation des sols, d’élévation du niveau de la mer, d’inondations, de fonte des glaciers, de disparition accélérée des forêts primaires … Tout cela ne pouvant que produire des conséquences négatives incalculables sur les sociétés humaines.
Le second, vient compléter les travaux de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui avait publié en 2005 une note prospective sur le thème : Santé des plantes et des animaux, maladies émergentes, épidémiologie et le rapport de 2010 du Haut Conseil de la santé publique : Les maladies infectieuses émergentes : état de la situation et perspectives ;
Tous ces travaux montrent la nécessité pour chaque pays de trouver des réponses et d’élaborer des stratégies mondiales. Ils ont aussi le mérite de réclamer des analyses allant au-delà des disciplines concernées par les risques. Les aspects sociaux et économiques doivent être traités simultanément et des approches telles que le coût de l’inaction ou la prise en compte de l’aléa moral dans les politiques publiques ne peuvent plus être ignorées sous peine de dépenser inutilement un argent devenu rare et d’aggraver la perte de confiance envers les pouvoirs publics. Les travaux de la délégation sénatoriale sont à ce titre intéressants car ils se fondent sur l’identification de variables apparaissant déterminantes dans la constitution de ces nouvelles menaces : variables relatives à la gravité, aux capacités de connaissance scientifique, à la gouvernance et à l’articulation des fonctions de recherche, d’expertise, d’évaluation et de gestion des risques en France et dans le monde.
Le point commun de tous les travaux est de pointer systématiquement la grande faiblesse de nos dispositifs quant à l’existence d’une véritable coordination et d’un partage efficace des données concernant les risques, vulnérabilités et menaces qui pèsent sur nos sociétés. Seule notre capacité à surmonter les travers dus à des organisations encore trop frileuses, à des politiques publiques intégrant encore trop peu les interconnexions des champs de la sécurité, du sociétal et de l’économie pourra faire que nous surmonterons des crises dont l’intensité peut être si forte qu’elles conduiront à un effondrement.
L’ouverture des travaux d’un nouveau livre blanc français sur la Défense et la Sécurité Nationale qui sera publié en 2013 est une opportunité de refonte des politiques publiques qu’il ne faut pas laisser passer.

En savoir plus :
Global trends 2030 : http://gt2030.com/
Impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense : http://www.assemblee-nationale.fr/13/europe/rap-info/i4415.asp
Les nouvelles menaces des maladies émergentes : http://www.senat.fr/rap/r11-638/r11-6381.pdf

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