--> Mieux prendre en compte les chaînes de valeur dans la gestion de crise
27 oct 2012
Mieux prendre en compte les chaînes de valeur dans la gestion de crise

Le 21ème siècle est malheureusement déjà riche en événements entrant dans la catégorie des « hyper catastrophes ». Le plus récent, survenu en mars 2011 à Fukushima, a été engendré par un tremblement de terre classé parmi les plus puissants connus. Le tsunami qui s’en est suivi a provoqué la mort de 18 000 personnes et l’évacuation de plusieurs centaines de milliers d‘autres. Il a entrainé une série d’accidents majeurs dans une centrale nucléaire et a durablement affecté l’économie japonaise ainsi que celle de plusieurs autres pays. Quant aux conséquences sociales et politiques, plus d’un an après, leur ampleur n’est pas encore totalement mesurée.
Un tel événement entre dans la catégorie des chocs mondiaux décrite par l’OCDE . Elle les décrit comme des événements à cinétique rapide provoquant de graves conséquences et de fortes perturbations sur au moins deux continents. Il s’agit là d’une représentation de ce que les travaux de Casti laissaient pressentir depuis les années 1970, à savoir que nous serions confrontés tôt ou tard à des risques inconnus pour lesquels nous ne disposerions pas ou peu de données.
Les catastrophes de type Fukushima permettent de tracer une ligne entre risques mondiaux et risques locaux du fait de l’existence de plates-formes d’interconnexion qui favorisent l’accumulation et la propagation des risques. Toute faiblesse dans la connaissance des interconnexions provoque une sous-estimation du potentiel réel des risques et de mauvaises réponses à une crise qui surviendrait. L’International Country Risk Guide (ICRG) qualifie ces interconnexions de « conducteurs sous-jacents » nécessitant un traitement et des stratégies de long terme. Fukushima a confirmé la pertinence de cette approche en montrant que ces « conducteurs » étaient des amplificateurs de catastrophes. La démonstration a été faite qu’une société très préparée aux dangers et aux vulnérabilités reste exposée à des risques systématiques, leur management étant une affaire bien plus complexe qu’il n’y paraît . Un système peut s’effondrer du fait de la défaillance d’une seule entité. Cet effet domino est bien connu. Il a été longuement décrit dans les travaux du Programme de l’OCDE sur l’avenir qui s’appuyaient notamment sur les recherches de Kaufman, Scott et Schwarcz (2008) .
Un tel constat montre tout l’intérêt de prendre en compte dans une approche globale l’ensemble des facteurs associés aux chaînes de valeur qui irriguent l’économie d’un pays et l’économie mondiale.
Pour les États, l’analyse de la catastrophe de Fukushima devrait produire des conséquences allant bien au-delà de la mise en place d’un programme de sûreté nucléaire renforcé.
Une approche de type “sécurité nationale”, pose également la question de l’information pertinente sur la connaissance de la réalité des chaînes de valeur. Il n’est pas certain que nous connaissions exactement la position de notre pays dans les chaînes de production qui irriguent l’économie nationale. L’approche de type “cartographie industrielle” semble insuffisante ; compte tenu des interactions entre les réseaux constituant une chaîne, la connaissance d’informations commerciales apparaît cruciale. L’ampleur des connaissances à maîtriser milite également pour une plus grande coopération internationale sur la connaissance des interconnexions mondiales et l’identification des points de vulnérabilité des grands systèmes productifs. Les données recueillies doivent pouvoir être comparées aux coûts directs et indirects des hyper catastrophes pour apprécier l’opportunité de débloquer des moyens financiers dédiés au traitement des vulnérabilités qui seraient identifiées.

Le traitement approprié des risques systémiques implique des gouvernants qu’ils soient capables de concevoir et promouvoir des réglementations adaptées, une bonne planification nationale qui agira comme un premier niveau d’alerte et de réponse. La planification n’empêchera pas la survenance de l’hyper événement par essence non linéaire — il surgira sans prévenir –, mais limitera très certainement l’effet domino. La dernière avancée concernerait l’érection d’un dispositif amortisseur créé à partir de réserves stratégiques, y compris monétaires, pour faire face à une reconstruction massive.

Les défis sont de taille, surtout dans un contexte mondial de crise économique et budgétaire. Paradoxalement, ces circonstances particulières peuvent être un facteur de forte incitation à traiter globalement les interactions entre crise et chaînes de valeur. Ne pas le faire nous priverait d’un potentiel immense de mobilisation des énergies autour d’un objectif rassembleur : sauver notre mode de vie associant liberté et création de valeurs. À chaque fois qu’une société a tenté un autre modèle, une crise d’effondrement est survenue.

Cet article est une synthèse de l’analyse publiée dans la revue Sécurité et Stratégie.
https://www.cdse.fr/securite-strategie-no10.html

Quelles leçons tirer de Fukushima ?
Au-delà des problèmes nucléaires, la nécessaire prise en compte des chaînes de valeur
Article publié dans la revue Sécurité et Stratégie octobre 2012

https://www.cdse.fr/securite-strategie-no10.html

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