--> Comprendre les crises (7) Lire Bergson
18 nov 2012
Comprendre les crises (7) Lire Bergson

Attiré par le titre du dernier ouvrage de Myriam Revault d’Allonnes, La crise sans fin – essai sur l’expérience moderne du temps, j’y ai trouvé de multiples références à Kant, Ricœur, Habermas, Harendt…et un fil conducteur : la crise serait la trame de notre existence. Il est vrai que notre environnement temporel est morose. Revault d’Allonnes nous décrit les difficultés que nous éprouverions à envisager un futur. Sa conclusion est celle d’une humanité incapable de se situer « face à la question du tout de l’histoire » à un moment où l’incertitude lui apparait portée à son point extrême.
Arrivé à ce point, je me suis tourné vers Bergson pour tenter de compléter la démonstration de la philosophe. La lecture de la Pensée et du mouvant, recueil d’essais et de conférences publiés entre 1903 et 1923, m’a apporté quelques clefs de compréhension de cette crise globale mais également pour « les crises » qui surgissent et qui interpellent. Relire Bergson me semble utile pour ensuite avoir les idées plus claires quand nous sommes confrontés à l’impensable, à la complexité, au « hors norme »…
La lecture de la Pensée et du mouvant, recueil d’essais et de conférences publiés entre 1903 et 1923, m’a apporté quelques clefs de compréhension de cette crise globale mais également pour « les crises » qui surgissent et qui interpellent.
Que nous dit Bergson ? :Il y a deux espèces de clarté. Une idée neuve peut être claire parce qu’elle nous présente, simplement arrangées dans un nouvel ordre, des idées élémentaires que nous possédions déjà. Notre intelligence, ne trouvant alors dans le nouveau que de l’ancien, se sent en pays de connaissance ; elle est à son aise, elle « comprend ». Telle est la clarté que nous désirons, que nous recherchons, et dont nous savons toujours gré à celui qui l’apporte. Il en est une autre que nous subissons, et qui ne s’impose d’ailleurs qu’à la longue, c’est celle de l’idée radicalement neuve et absolument simple, qui capte plus ou moins une intuition. Comme nous ne pouvons la reconstituer avec des éléments préexistants, puisqu’elle n’a pas d’éléments, et comme, d’autre part, comprendre sans effort consiste à recomposer le nouveau avec de l’ancien, notre premier mouvement est de la dire incompréhensible. Mais acceptons là provisoirement, promenons là dans les divers départements de notre connaissance : nous la verrons, elle obscure, dissiper des obscurités.

Dans « Réalité et mobilité » il nous démontre que l’on peut comprendre que des concepts fixes puissent être extraits par notre pensée de la réalité mobile ; mais il n’y a aucun moyen de reconstituer, avec la fixité des concepts, la mobilité du réel. Bergson nous donne un immense espoir car toutes les démonstrations tendant à prouver la relativité de nos connaissances supposent que toute connaissance doit nécessairement partir de contours arrêtés pour connaitre la réalité qui s’écoule. Or notre esprit peut connaître la réalité mobile en s’y installant. Une condition, accepter la fluidité des concepts car seule cette acceptation permettra de suivre la sinuosité de la réalité.
C’est un plaidoyer pour saisir le mouvement du dedans et non plus du dehors. C’est ce que font les mathématiciens et la piste ouverte par Bergson il y a un siècle est encore à défricher en réalisant l’alliance de la métaphysique et de la science. On ne peut que regretter le temps perdu à s’abandonner aux dogmatismes, à la peur du futur, alors que nous disposons des clefs pour comprendre notre monde mouvant de l’intérieur même des flux qui l’animent.

La lecture de la Pensée et du mouvant apporte quelques clefs de compréhension de notre monde. Relire Bergson me semble utile pour disposer d’idées plus claires quand nous sommes confrontés à l’impensable, à la complexité, au « hors norme »…
En savoir plus sur Bergson
http://www.ciepfc.fr/spip.php?article28

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