--> Une explication de la crise : Comprendre le passage de la Cité à la Nation…
16 déc 2012
Une explication de la crise : Comprendre le passage de la Cité à la Nation…

La lecture de l’ouvrage de Pierre Manent Les métamorphoses de la Cité est un précieux sésame pour qui veut comprendre pourquoi nous sommes en crise et pourquoi cette crise est ancrée dans la durée.
Sauf à revenir à des fondamentaux, nous ne sommes pas prêts de quitter cet interrègne qui a débuté avec les guerres mondiales. Pierre Manent tout au long des trois parties de son ouvrage : L’expérience originelle de la cité, l’énigme de Rome et l’Empire, l’Eglise et la Nation, rend visible la succession historique qui a structuré l’occident. Ce fil conducteur est constitué par le passage de la cité à l’empire, puis à l’Eglise et enfin à la Nation.
Nous avons cru que cette dernière forme était la plus aboutie, pourtant, elle n’a pu empêcher les guerres mondiales les génocides et les dictatures qui leur ont été contemporaines ou celles qui leur ont succédé. Le 20éme siècle aura été le plus fécond en innovation et le plus impuissant à empêcher l’éclatement des solidarités. Cette faillite des régulations se poursuit car notre seule réponse à ce défi majeur a été de mettre en place des stratégies d’évitement du débat en feignant de croire que la multiplication des espaces de concertation constituerait un rempart à la démocratie.. Or le politique, a quasiment partout à travers le monde réussi au-delà de toute espérance d’ancrer la conviction qu’il n’y a plus que des circonstances sur lesquelles il n’y a que très peu de prise. Nous assistons ainsi au divorce consommé entre l’action et la parole tout au long de la première partie de l’ouvrage.
La seconde et la troisième partie décrivent l’évolution de la cité vers la Nation et la médiation de la religion. Ce détour par la religion permet de mettre en évidence l’éternel débat entre l’obéissance à une loi supérieure (l’interdiction faite par Dieu de toucher au fruit de l’arbre défendu pour le bien de l’homme) et le libre arbitre, « l’amour de soi » décrit par Rousseau qui pousse à se rebeller contre l’arbitraire de cet ordre suprême. La cité de Saint Augustin ne peut se retrouver dans la Nation de Rousseau. Saint Augustin conçoit la loi divine comme devant susciter une obéissance salutaire et Rousseau comme devant susciter une rébellion épanouissante…
Faute de pouvoir susciter une synthèse des deux approches, depuis l’effondrement du religieux nous ne pouvons que vivre dans un état de crise. Aucune religion, aucune Eglise n’est capable aujourd’hui de réussir la médiation qui permettrait de faire évoluer la démocratie issue du siècle de Rousseau et qui est frappée des stigmates de la barbarie qu’elle n’a pu empêcher.
Sommes-nous dans un cycle qui nous ferait retourner vers la cité ou plutôt les cités ? Où bien ce cycle nous conduirait-il vers un nouvel empire ou une nouvelle religion ? A ce jour, le glissement vers des cités paraît probable sauf si nous sommes les acteurs d’un effondrement qui pourrait rebattre toutes les cartes et ouvrir de nouveaux possibles.

En savoir plus
http://cespra.ehess.fr/document.php?id=715
Pierre Manent : les Métamorphoses de la Cité :
Essai sur la dynamique de l’Occident ;
Flammarion ; 2010 ;
ISBN 978-2-0812-3750-6

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