--> Ethique de l’action : Lire ou relire Su Dongpo
20 jan 2013
Ethique de l’action : Lire ou relire Su Dongpo

Su Dongpo ou Su Shi vit en Chine au XIe siècle. Lauréat des concours impériaux pour entrer dans l’administration, il devient lettré et ce que l’on appellerait aujourd’hui un haut fonctionnaire. Il sera plusieurs fois gouverneur de province puis Premier ministre mais aussi arrêté et exilé car accusé de calomnier l’empereur dans ses écrits. En fait, la cour lui reproche sa franchise et sa liberté de ton.
Su Dongpo est surtout connu pour son œuvre artistique universelle car il sera avec bonheur un grand peintre, un éminent calligraphe et un immense poète. Exilé, il cultive la terre et y trouve une grande source d’épanouissement. Sa carrière sera faite d’une succession de postes à hautes responsabilités et de postes subalternes au gré des caprices du pouvoir.
Les plus beaux textes de Su Dongpo seront écrits en exil, période toujours propice à la réflexion et au détachement quelle que soit l’époque.
La grande force de Su Dongpo s’explique également par son souci de ne pas vouloir s’enfermer dans une doctrine ou un dogme.
L’une des lettres de Su Dongpo mérite que l’on s’y attache. Elle est écrite en 1080 à l’un de ses amis :
Quand j’étais jeune, j’étudiais et j’écrivais entièrement en vue de réussir à mes examens ;Quand j’ai obtenu le doctorat, je voulais aller plus loin et je me suis présenté aux examens spéciaux (pour être fonctionnaire). En réalité, quel sens cela a-t-il ? L’exigence de ces examens est : « parler franchement, critiquer à fond ». C’est pourquoi chaque fois, sur toutes sortes de sujets, j’ai évoqué le passé et le présent, j’ai discuté du vrai et du faux pour répondre a ce qui était demandé. Les hommes souffrent de ne pas se connaître et, puisque j’ai obtenu des résultats, j’ai cru que j’avais quelques talents en la matière…Depuis que j’ai commis la faute de m’aliéner le pouvoir, je me suis retiré loin du monde…je parcours les paysages, me mêle aux bucherons et pécheurs…. En silence je me livre à mon examen de conscience, je reviens sur mes actions depuis trente ans et je m’aperçois que, la plupart du temps, j’ai commis des fautes. Celui que vous voyez en moi est celui d’autrefois, ce n’est plus le moi d’aujourd’hui. Certains arbres ont des abcès, des pierres ont des veines, des cornes de rhinocéros ont des trous et c’est ce qui les fait apprécier, alors que ce sont des défauts …
Vous fonderiez vous sur une réputation sans examiner ce qu’il en est vraiment et choisiriez-vous ce qui est flatteur sans considérer la réalité ?
Puis dans une autre lettre on trouve cette autre ligne d’action toujours rappelée à travers les siècles par les sages et oubliée par les hommes de pouvoir « Celui qui est mû par l’intérêt personnel n’est pas mon disciple.. ; »
Dans un autre écrit politique intitulé « Des obstacles » : cet autre conseil intemporel dont l’irrespect a toujours provoqué bien des déconvenues.... « Les souverains de l’antiquité considéraient le temps comme l’élément le plus important… En bref, si chaque jour on néglige une seule affaire, au bout d’un mois on sait ce que cela donne et au bout d’un an, celles en attente sont incalculables… Si l’on veut susciter l’ardeur, mieux vaut que l’exemple vienne d’en haut et alors les obstacles seront surmontés.. ;

Su Dongpo ou Su Shi vit en Chine au XIe siècle. Il sera plusieurs fois gouverneur de province puis Premier ministre mais aussi arrêté et exilé car accusé de calomnier l’empereur dans ses écrits. En fait, la cour lui reproche sa franchise et sa liberté de ton. Su Dongpo est surtout connu pour son œuvre artistique universelle car il sera avec bonheur un grand peintre, un éminent calligraphe et un immense poète.
En savoir plus :
Lire : Sur moi –même, recueil de lettres et textes
de Su Dongpo ;
Editeur Picquier ; 2003. ISBN 2 87730 633 X

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