--> Structurer sa pensée pour surmonter une crise : Lire ou relire Schopenhauer
03 fév 2013
Structurer sa pensée pour surmonter une crise : Lire ou relire Schopenhauer

La préface écrite par Schopenhauer à l’un de ses ouvrages majeurs Le monde comme volonté et comme représentation (1818) débute par une citation de Pline : Combien de chose n’a-t-on pas déclarées impossibles avant leur réalisation ?

Pensée, clarté et vérité

Cette interrogation est plus que jamais actuelle. Nous essayons de nous rassurer en contemplant comme un avare son tas d’or la somme de nos connaissances et nous essayons de nous persuader que nous pourrons résoudre toutes les difficultés qui se présenteront, y compris les plus indicibles. Schopenhauer nous livre tout au long des milliers de page de son ouvrage un fil conducteur construit autour de l’unité de la pensée. Sans cette unité il n’y aura pas de volonté et s’il n’y a pas de volonté, c’est la fragilité des individus qui prend le dessus et qui ne peut que conduire aux pires effondrements. Il nous livre une méthode : la pensée gagne en clarté à la condition que chaque partie de nos raisonnements contienne l’ensemble et que l’ensemble contienne chaque partie.

Le monde est ma représentation écrit Schopenhauer. Cette vérité vaut pour tout être vivant et connaissant. C’est quand nous oublions cette première vérité que les ennuis débutent. C’est pour cela qu’il faut pour nos actions privilégier le concept d’effectivité à celui de réalité. L’effectivité, concept bien maitrisé par les allemands permet de s’imprégner de la matérialité des choses, mais aussi donne au droit la force de s’appliquer et d’être accepté. Sans effectivité, la législation peut trés vite devenir instable et affaiblir le législateur lui même. (Ce point mériterait à lui tout seul des développements qui ne trouvent pas leur place ici).
Schopenhauer couple effectivité avec simultanéité. Il peut en effet y avoir simultanément plusieurs états d’une chose identique. Cela permet d’introduire la durée et le changement permanent.
Le monde comme volonté et comme représentation doit être lu plusieurs fois tant est dense la pensée de l’auteur. Une fois plongé dans l’ouvrage on est saisi par la puissance du raisonnement et sa logique. On est récompensé de l’effort de lecture car au final apparaît la puissance de l’homme qui peut par la force de son raisonnement, quand il le maîtrise, abolir temps et espace et alors faire preuve de génie.

Apprendre à raisonner

Cette somme est une ode à la cohérence, qui est peut-être la qualité qui nous le fait plus défaut quand nous devons traiter une situation complexe. La tentation de découper un problème pour mieux le résoudre est louable, encore faut-il avoir la capacité de raisonner en faisant que chaque partie du raisonnement fasse apparaître un ensemble et que l’ensemble contienne chaque partie.
Le travail à accomplir sur nous-même est immense, car nous pouvons difficilement compter sur un apprentissage qui nous aiderait à unifier notre pensée.
Je ne sais pas si Beckett a lu Schopenhauer avant d’écrire dans les années 50 L’innommable mais je recommande la lecture des premières pages qui peuvent constituer un déclic pour plonger dans Le monde comme volonté et comme représentation.

L’« innommable » est un homme immobile, incapable de bouger, incapable de parler, incapable de ne pas parler. Assis dans un endroit gris, environné de gris, il ne voit presque rien, n’entend rien, ne sent rien... Un homme réduit à sa plus simple expression, à savoir une conscience. Conscience d’être / d’avoir une conscience, qui dit "je", qui se cherche, qui cherche ce qu’est la vie.
Où maintenant ? Quand maintenant ? Qui maintenant ? ….. On croit seulement se reposer, afin de mieux agir par la suite, ou sans arrière-pensée, et voilà qu’en très peu de temps on est dans l’impossibilité de plus jamais rien faire. Peu importe comment cela s’est produit.
Enfin, entre le centre et le bord il y a de la marge, et je peux très bien être sis quelque part entre les deux. Il est également possible, je ne me le cache pas, que je sois moi aussi emporté dans un mouvement perpétuel….Tout est possible, ou presque. Mais le plus simple vraiment est de me considérer comme fixe et au centre de cet endroit, quelles qu’en soient la forme et l’étendue. Cela m’est aussi le plus agréable sans doute. En somme : aucun changement depuis que je suis ici, apparemment ; désordre des lumières peut-être une illusion ; tout changement à craindre ; incompréhensible inquiétude.

Accéder à l’ouvrage dans sa première traduction française ou en version audio
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202749w/f455.image
http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/schopenhauer-arthur-le-monde-comme-volonte-et-comme-representation.html
L’innommable, roman de Samuel Beckett a été publié en 1953.
Éditeur : Minuit ;1983.

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