--> Comprendre les crises (9) Modernité de Ferdinand Tönnies - Critique de l’opinion publique
24 mar 2013
Comprendre les crises (9) Modernité de Ferdinand Tönnies - Critique de l’opinion publique

Les travaux de Tönnies sont fortement influencés par la première guerre mondiale, guerre totale, mais aussi guerre mécanique, industrielle et guerre de communication. Il rappelle d’abord quelques idées forces. Par exemple que chaque homme souhaite voir que les autres l’estime comme il s’estime lui-même. La conséquence de cela est qu’il est prêt à anéantir ceux qui lui manquent d’égards. Il va néanmoins reconnaître que certains disposent du pouvoir de faire le bien ou le mal ce qui entraîne la faculté de rendre des honneurs aux dirigeants. Ces derniers forcent le respect si les citoyens reconnaissent en eux cette faculté de décider de leur sort en bien ou en mal tout en veillant à ne pas les heurter ou les mépriser. En cela Tönnies complète l’analyse de Hobbes. Qui prend la peine de lire sa démonstration ne peut que souscrire au constat que toute obéissance est échangée contre de la protection et de la sécurité.
La connaissance de l’opinion publique, de sa construction, de ses manifestations, de ses limites est indispensable à qui s’intéresse au mécanisme des crises et de la communication sensible qui lui est liée. Pour progresser dans ce domaine il nous faut identifier les ressorts de la lutte entre croire et savoir, percevoir que tout pouvoir temporel use du spirituel pour asseoir sa position ou la conserver.
Tönnies nous livre ainsi la distinction entre ce qui est contrôlable (ou tout au moins possible de l’être) : la proclamation, la diffusion de la pensée, de l’opinion et ce qui relève de la liberté fondamentale de chacun, se forger une opinion.
Autre rappel fondamental : plus une chose est complexe, plus les gens « informés » jugent différemment et nourrissent des opinions divergentes. C’est bien ce biais qui fait qu’une crise sera plus ou moins gérée ou appréhendée.
Autre apport, notre avenir est sombre, car l’opinion publique est en passe de devenir une religiosité. Tönnies a très bien perçu avec quelques dizaines d’années d’avance que les religions et notamment toutes celles issues du christianisme étaient en déclin, contestées, battues en brèche par individualisme et communautarisme.
Les États étant eux aussi contestés, faute d’avoir su s’adapter très vite à la mondialisation des échanges, demeurent des opinions publiques mal préparées à affronter les défis de notre siècle. La connaissance est en déclin ce qui entraîne les opinions dans des combats pour ou contre la science. Cette limite est destructrice à terme car qui connait mal décide mal.
Redécouvrir ce qu’Aristote décrivait dans sa Métaphysique « sans connaître le nœud, on ne peut le défaire » est de nature à nous rendre humble mais surtout nous inquiéter car de plus en plus en plus d’humains aspirent au beau et au bien et de moins en moins d’entre eux sont en capacité de réaliser cette unité du bien et du beau car l’opinion qui gouverne de plus en plus ne maitrise pas les valeurs de solidarité et de dévouement indispensables à la consolidation du contrat initial d’obéissance en échange de la sécurité.

Là est bien le défi à relever sous peine d’accélérer l’effondrement de notre monde.

Ferdinand Tönnies, sociologue allemand a écrit deux livres majeurs : Communauté et société en 1887 et Critique de l’opinion publique en 1922. Ce dernier ouvrage est indispensable a qui veut comprendre les mécanismes de l’opinion publique. L’étude de Tönnies est à la jonction des domaines de la sociologie et de la philosophie politique. La traduction française de Tönnies est tardive. Il faut attendre 2012 pour trouver une édition française de Critique de l’opinion publique.
Gallimard ;
Bibliothèque de philosophie ; ISBN978 2 07 013020 7.

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