--> POZZINES
22 jui 2014
POZZINES

Un roman qui ménage avec talent suspense et mystère.
Les pozzine sont des petites tourbières parsemées de trous d’eau que relient des chenaux naturels creusés par l’écoulement des neiges fondues. On les trouvent en Corse autour des anciens lacs glaciaires.

Matteo débarque à Ajaccio pour une mission vraiment particulière. À Paris, Yann, lui, vient d’être licencié et se rebelle contre le système qui vient de le broyer. Possède-t-il un lien avec Matteo, qui se cache désormais en altitude dans le maquis et communie avec une nature intacte, guidé par sa troublante protectrice ?
Confrontations de sociétés, rapprochement des êtres, somptueux paysages composent la toile de fond de cette palpitante aventure humaine qui nous entraîne irrésistiblement aux confins du rêve et de la réalité.
Yann, agitateur social à l’ascension fulgurante... Matteo, dissimulé au cœur du maquis corse... Deux hommes, deux héros pour un roman qui révèle une déroutante intrigue dans ses dernières pages.
Loïc Gouëllo brouille les pistes et orchestre une intrigue décidément insaisissable et terriblement retorse, qui en impose par sa minutie.

Un extrait du premier chapitre
Dès la sortie du zinc, Matteo prit en plein visage une violente bouffée de chaleur. Sur le tarmac de l’aéroport Napoléon Bonaparte, un sèche-cheveux géant brassait de l’air à trente-huit degrés, la mission s’annonçait torride... il venait de quitter Caroline sous un petit crachin d’hiver quelques heures plus tôt.L’agence l’avait prévenu que cela serait chaud, très chaud...avec les « natios ». Son contact l’attendait, discrète, dans un coin sombre de l’aéroport. Pas de doute c’était bien elle : superbe blonde, lunettes noires, talons hauts, un petit sac à main rouge de chez Dior, comme prévu dans ce texto laconique reçu à deux heures du matin avec la mention « très urgent ». Il l’avait relevé sans réveiller Caroline, qui dormait à poings fermés après leur tumultueuse nuit d’amour. Elle s’appelait Josiane et m’annonça « bienvenue à Ajaccio ». Elle nous dirigea sans un mot supplémentaire vers la sortie toute proche... De nouveau je fus étouffé par la chaleur et agressé par la lumière éblouissante ! Nous montâmes rapidement dans l’Aston Martin décapotable garée en double file, sous les regards envieux d’un groupe de touristes allemands, en shorts et sandales ridicules, attendant un hypothétique taxi. Sur le macadam surchauffé, leurs visages écarlates et dégoulinants offraient leur peau rosée au cuisant soleil méditerranéen.
Crissement de pneus, vrombissement du huit cylindres, cerveau collé à la paroi, cheveux au vent... tout indiquait que nous étions partis... vite, très vite. Manifestement ma conductrice connaissait parfaitement la ville et se faufilait avec aisance et nervosité dans la circulation pourtant très dense. Il est vrai qu’avec une rocade inachevée à deux fois « une voie », débouchant dans le maquis, après six ronds-points aussi imposants qu’inutiles, la fluidité ne pouvait pas être au rendez-vous. Une ambiance tropicale, des herbes folles sur les trottoirs, une certaine nonchalance, une étonnante courtoisie envers les piétons, une grande politesse à l’encontre des autres automobilistes nous abordant sur la droite comme sur la gauche... j’avais quitté quatre-vingt-dix minutes auparavant une métropole trépidante et inhospitalière pour me télé transporter dans une contrée ultramarine, où le temps semblait se prélasser. Immédiatement j’ai compris que nous étions suivis par une berline noire. À bord deux individus, verres fumés, costumes sombres et ce léger renflement caractéristique sur le côté gauche de la poitrine. La partie s’annonçait serrée, et moi qui n’avais pas pris mon pistolet Glock 36, modèle plat en polymères, à cause des contrôles sécurité à l’aéroport. Il me fallait vite m’équiper et trouver un calibre, comme ils disent ici... Heureusement Josiane, grâce à sa conduite sportive eut vite fait de semer l’Audi A4 qui nous filait le train. Ruelles étroites, écrasées par le soleil, Cours Napoléon encombré par une arrivée de paquebot, flot d’américains adipeux en chemises à fleurs... nul doute, les vacances d’été battaient leur plein. À peine le temps d’un regard furtif sur le galbe parfait des jambes bronzées de la conductrice, quand subitement…C’est en sueur que je me réveille brutalement dans la pénombre de mon austère appartement parisien. Juste quelques secondes pour me souvenir de la sempiternelle course-poursuite qui accapare souvent mes nuits.
Elle s’estompe bien vite avant que je puisse ranger la cassette dans la vidéothèque de ma mémoire. Ma femme dort encore à mes côtés. Je m’extirpe du lit sans la réveiller. Je viens de réaliser qu’il est lundi, le jour habituel de la reprise du travail en occident. Un coup d’œil à la fenêtre qui
donne sur la place du Commerce ; déjà les travailleurs s’engouffrent dans le métro, épaules rentrées et mines grises. Ciel bas et laiteux, température quelconque apparemment, dans ce film qui se jouera encore en noir et blanc pendant les six mois qui viennent. Jusqu’au retour de la lumière au printemps, la fin octobre annonce toujours une période funèbre, semi-obscurité entrelardée par les orgies celtiques du solstice d’hiver. Ces fêtes ancestrales sont récupérées par les religions dominantes sous nos climats, c’est-à-dire le culte de la consommation compulsive, associée aux dieux de la gastronomie riche en graisse et aux divinités romaines protectrices de notre production viticole.
Derrière le double-rideau de velours bordeaux, je promène encore quelques instants mon regard sur les déshérités du système, qui s’accroupissent avec leur gobelet au pied de la pile de journaux gratuits, dont les lecteurs se débarrasseront dans vingt minutes environ sur le quai du métro, rassasiés de nouvelles d’hier qui seront resservies demain, accommodées ou non des deux ou trois sauces à la mode. Chaque matin je trouve ce monde indigeste, et pourtant cette première rasade est indispensable à la phase de réveil, préparatrice à la traversée sans encombre du salon à destination de la salle d’eau. Petit coup d’œil à la pendule au-dessus de la porte d’entrée ou plutôt au-dessus du velours grenat qui la cache ; diablement parisien ce rideau enfermant ses larves dans le cocon. Rassuré, je suis dans les temps. Se laver des miasmes de la nuit, fermer les yeux sous l’eau brûlante, choisir le parfum de ce jour.
Premier moment de plaisir à déguster quelques secondes. Nu comme un ver et enfin l’œil vif, je rejoins la chambre à coucher et m’habille mécaniquement. Ma femme s’étire en me demandant si le café est prêt. Invariablement je lui dis : « je t’appelle dans cinq minutes chérie ». Chaîne d’infos en continu, odeur du café et du pain grillé réunis, « quel temps fait-il mon canard », tout compte fait, la journée commence bien, comme tous les jours. C’est fou comme tous ces petits rituels sont réconfortants. Je prends les clés et autres ustensiles de la panoplie quotidienne sur la console de l’entrée, un baiser dans la nuque tiède de Martine qui fume sa première cigarette à la fenêtre entrouverte ; bien que de dos je sais qu’elle sourit... dans une minute elle sera seule et anticipera déjà sa journée de travail et les transports en commun.
— À ce soir Yann... tu rentres tard ?

Des rues de Paris à l’île de Beauté, entre roman de la contestation et mise en scène d’un retour à l’essentiel.
Ce livre est disponible à la vente au format papier et au format numérique (PDF).
Pour vous le procurer :au format papier, sur le site Internet des éditions Publibook en cliquant ici, ou en librairies, sur commande ;au format numérique, sur le site Internet des éditions Publibook
http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782342022858

ISBN : 9782342022858 - 138 pages

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