--> Découvrez un nouvel extrait de Dernier Bordel : L’encensoir providentiel
30 mai 2015
Découvrez un nouvel extrait de Dernier Bordel : L’encensoir providentiel

Le président élu en 20xx était un intellectuel. Il en avait fait une sorte de marqueur politique car depuis plusieurs dizaines d’années, la tendance était à l’élection de pseudo économistes ou scientifiques rassurants. Tous les partis avaient eu leurs heures de gloire en portant l’un d’entre eux à la tête de l’Etat. Le résultat avait été peu convaincant, car tous faisaient peu ou prou la même politique. Le temps des experts était ensuite venu mais sans convaincre véritablement. La lassitude, plus que le désir de compétence avait fait évoluer le goût des électeurs. Comme ces derniers ne se déplaçaient plus pour voter depuis une vingtaine d’années, les résultats électoraux étaient parfois surprenants. Le secret des domiciles était plus difficile à percer pour les sondeurs que le secret de l’isoloir. Il était devenu quasi impossible de réaliser des sondages de type « sortie d’urnes » qui avaient permis à des générations de politique de se forger une idée territoriale du paysage politique. L’électeur était devenu taquin ! L’élection de ce nouveau président atypique, appartenant à l’infime minorité de personnes encore capable d’écrire des textes de plus de deux pages, mais aussi de transmettre de l’émotion en était la conséquence.
Il avait désarçonné ses adversaires politiques en parlant d’étymologie, là où les autres vendaient encore aux électeurs des salades éculées. La vidéo dans laquelle il expliquait que méat et congé partageait la même racine, tout comme corde et gourdin et qu’émulsion et promulguer provenaient du verbe latin mulgere qui signifiait traire, fut visionnée quarante millions de fois et assura son succès. Il faut dire que le pays sortait du traumatisme provoqué par le mariage universel et qu’un peu de littérature dans le paysage électoral semblait rassurant.
Le nouveau Président avait sa petite idée quant aux causes du désastre qui avait ruiné la politique. Sa conseillère politique, une très belle femme, grande, svelte, les cheveux mi- longs, soyeux et d’une magnifique couleur blond vénitien lui avait offert dix ans avant son élection improbable les œuvres complètes d’Ismail Kadaré et il y avait puisé la chair de tous ses discours politiques. Les envieux la faisaient passer pour sa maitresse mais il n’en était rien. Ils étaient liés par une sorte de complicité de destin. Depuis tout gamin, il était persuadé qu’il serait président et elle était convaincue que seule une femme pouvait avoir la distance nécessaire pour influer sur de grandes décisions tout en ne succombant pas aux poisons du pouvoir. Leurs analyses politiques convergeaient. Si l’appariement universel des décideurs avait été un échec, c’est qu’il y avait détecté le manque de dimension sécuritaire. Sans harmonie sociale il ne pourrait y avoir de sécurité et la seule manière de mettre fin au sentiment d’insécurité qui pourrissait tout depuis des dizaines d’années était d’offrir à chaque citoyen un bien être absolu. Ils en étaient parvenus à la conclusion que seule l’éradication du désir et de l’envie pouvait extirper de chaque conscience toute pulsion de violence.
Peu à peu s’était imposé au fil de leurs échanges que la délinquance serait prévenue par la diffusion générale dans la population de pensées sexuelles maîtrisées éliminant toute idée d’agression et de subversion.
A peine élu, le Président avait pris la décision d’un programme ultra-secret de maitrise de la pensée. L’idée lui en était apparue lors d’une visite de la Banque Mondiale des Cerveaux. Cet organisme crée au plus fort de la dernière crise économique occupait les sous-sols de l’hippopotame de la Bastille, grandiose monument d’acier, d’aluminium et de béton édifié par la volonté d’un président bâtisseur. Crypto-admirateur de Napoléon, il avait réussi le tour de force de perpétuer le souvenir du génial tyran en faisant ériger un monument en forme d’hippopotame sur le modèle de l’éléphant dont la première pierre fut posée en 1808. La tête de l’animal était tournée vers la rue saint Antoine et crachait de l’eau en une gigantesque cascade de près de trente mètres de hauteur. Pour tout dire, cette sculpture était hideuse, caparaçonnée d’aluminium laqué multicolore qui réfléchissait le soleil en un gigantesque halo aveuglant les riverains. Ils avaient en vain protesté car l’opération avait reçu l’onction du ministère de la Défense pour y réaliser un poste de commandement dans le sous-sol du monument. Faute de crédits, l’opération ne fut pas achevée. La création de la BMC vers 2041 était arrivée à point nommé pour éviter un scandale budgétaire. Plus de cent millions d’euros avaient été engloutis en vain dans l’aménagement du sous-sol de la place de la Bastille. La BMC était donc luxueusement installée. C’était l’impression qu’en retirait le visiteur quand il arrivait devant l’immense porte blindée en acier rhodié que l’on atteignait par l’escalier crée dans la cuisse antérieure de l’hippopotame.
La BMC conservait par des procédés extrêmement sophistiqués les clones des cerveaux les plus brillants de l’humanité. Ce projet était une réponse aux ravages causés par une forme virulente de la maladie d’Alzheimer apparue vers 2035. Elle était devenue le plus redoutable fléau depuis la quasi-disparition du cancer. Les conséquences positives de la progression de l’espérance de vie d’environ une quinzaine d’années en un demi-siècle avaient ainsi été économiquement annihilées par les coûts monstrueux engendrés par la dépendance des personnes atteintes. Les dizaines de milliards dépensés en recherche n’avaient pas permis d’éradiquer la maladie. La seule consolation de cette débauche de crédits résidait dans la découverte d’une propriété des cellules se trouvant sur un point particulier du cerveau reptilien de se reproduire et de reconstituer un cerveau sain disposant de la faculté de restituer les connaissances emmagasinées par le cerveau endommagé. Le prélèvement de ces cellules pouvait être réalisé sur une personne vivante sans produire de traumatisme. Plongées dans un bain placentaire obtenu à partir de cellules souches puis exposées à une source de béryllium 10 cosmogénique prélevé dans l’antarctique à la suite d’une gigantesque éruption solaire. Cette irradiation permettait aux cellules de se multiplier à une vitesse telle que l’on pouvait disposer d’un cerveau de taille adulte en moins d’un mois.
Les cerveaux matures ainsi obtenus étaient reliés par une batterie de connecteurs à un ordinateur quantique de dernière génération incrémentant l’intégralité des données restituées par les cerveaux.
La vision de ces centaines de cerveaux alignés en batterie dans des casiers de verre avait fait jaillir une idée lumineuse chez le Président. – Pourquoi ne pas utiliser cette puissance psychique au service de son projet ?
A peine sorti de la BMC, le Président appela sa conseillère. Quand elle entra, il était encore perdu dans ses pensées mais son visage émacié s’illumina.
— Ma chère, je viens d’avoir l’idée qui va sauver le monde. Figure toi que je l’ai eue en voyant la devise de la BMC : Potentia memoria reperta ;
La conseillère qui connaissait son humour froid et l’appréciait répliqua du tac au tac avec un air pensif :
— Tout à fait adapté à la situation : — « La puissance par la mémoire retrouvée » si mes souvenirs de latins sont bons ! Explique-moi.
En quelques minutes le Président exposa les grandes lignes du projet.
— Si j’ai bien compris tu veux utiliser le potentiel de deux cerveaux de la BMC.
— Exact ! Mais des cerveaux exceptionnels !! Ces cons de la BMC perdent leur temps sur Alzheimer alors qu’ils ont une division ultrasecrète qui travaille sur un programme de reconstitution de la mémoire des animateurs de télévision des années 1980 à 2030.

—  Là je ne comprends plus très bien…

—  J’avoue que mon enthousiasme a un peu simplifié mon explication… Tu vas vite comprendre ; les chercheurs de cette division ont identifié l’auteur de My secret Life qui a été la plus vaste entreprise d’écriture de pensées érotiques connue. C’est un certain Sir Henry Spencer Ashbee et la BMC a cloné un cerveau à partir de son ADN trouvé sur un manuscrit. Ils ont numérisé l’intégralité des 4000 pages de l’ouvrage d’Ashbee publié à la fin du 19éme siècle. Imagine que ce type a consigné ses premiers émois alors qu’il avait moins de huit ans. Il a couché avec 1200 femmes, 1500 si l’on compte celles qu’il a juste caressées. Il a exploré les pratiques sexuelles de plus de quatre-vingt nationalités, sauf des Laponnes. La lacune a été comblée en numérisant les mémoires d’un explorateur polaire qui a eu la bonne idée de décrire son aventure avec une fille de là-bas.

—  Et l’autre cerveau ?

—  Celui d’un psychiatre du 20éme siècle qui s’appellerait Wilhelm Reich. Il a eu son heure de gloire entre les deux guerres mondiales. Il a connu Freud mais s’en est éloigné. Freud était un peu trop triste je pense. Notre Reich a inventé un accumulateur d’orgasmes qu’il avait baptisé « aspirateur à orgone ». Ca ressemblait à une sorte de batterie portative concentrant l’énergie positive libérée lors de chaque orgasme. Reich est mort quasi fou en prison et heureusement pour nous le médecin de la prison a des prélèvements anatomiques qui ont été congelés et qui ont été pieusement conservés dans la famille. Il faut toujours croire au destin ma chère, un des descendants du médecin de cette prison travaille à la BMC et il a fait don de l’ADN de son ancêtre à la banque !!!
La dernière information parue sur Wilhelm Reich remonte à l’année 2007. Un quotidien disparu, « le Monde », a publié un article sur le sujet. Depuis, plus rien.
Nos archives montrent que plus aucune recherche n’a été entreprise sur Reich car il a été catalogué comme cinglé. C’est vrai que pour l’époque ses travaux étaient en avance ! Entre l’orgone, uniquement mesurable par rayonnement pendant l’orgasme et son appartenance au Parti Communiste où il a proclamé que la liberté sexuelle allait permettre de combattre le capitalisme !! je peux comprendre qu’il ait été blacklisté par la science officielle.
Pour en revenir à l’orgone, cette énergie serait la mère de toutes les autres formes d’énergie en raison de sa puissance énorme. Son inconvénient principal réside dans son ampérage qui est très faible, pour ainsi dire insignifiant. Reich avait imaginé une sorte d’entonnoir amplificateur qui permettait de concentrer légèrement l’énergie au point de pouvoir déclencher par induction une réaction électrique capable d’éclairer une ampoule à très basse tension. Il avait également pressenti que si l’orgone positive existait, elle devait générer une énergie négative d’intensité équivalente qu’il avait baptisé la DOR, Deadly Orgon Radiation. Cette DOR serait à l’origine de certaines manifestations climatiques, orages, tempêtes de vent quand la concentration en DOR dans l’atmosphère dépassait un seuil critique. Il semblerait ainsi que lors de la première grande panne électrique qui avait frappé les Etats-Unis dans les années 1950, la concentration en DOR se soit brusquement élevée en raison du nombre de couples et d’animaux ayant copulé en attendant que la lumière soit rétablie. Là où nous rejoignons la science-fiction, c’est que Reich, accusé de délire quand il a dit que cette énergie était utilisée par des extras terrestres avec qui il était en contact, avait raison.

—  La conseillère ne s’attendait pas à cela et balbutia :

— Les extras terrestres…

—  Eh oui ma petite, moi-même je ne l’aurais pas cru si les experts de la BMC ne m’avait pas montré un dossier qu’ils ont extorqué aux services secrets. L’armée américaine a trouvé dans les années 1950 un accumulateur à Orgon et de l’ADN vraisemblablement non humain !

—  C’est complètement délirant ! et depuis plus d’un siècle rien n’est sorti….

—  Ce secret est toujours le mieux gardé des Etats-Unis et le Président doit prononcer un serment spécial lors de son investiture en présence du seul chef d’état-major des armées. Il existe chez nos amis un laboratoire secret où se déroulent les expériences sur les matériels retrouvés et les ADN atypiques qui parfois sont récoltés à travers le monde à la faveur du hasard ou souvent de travaux archéologiques. Nous avons ainsi été informés qu’une fresque Maya montre une créature avec un organe génital et un cortex branchés sur un appareil qui ressemblant furieusement à la description faite par Reich plus de dix ans avant. Vous comprenez mieux pourquoi le malheureux a été retrouvé mort dans sa cellule, officiellement victime d’une embolie. Son ADN a été copieusement prélevé pour réaliser des études comparatives avec celui de l’extraterrestre. C’est dans le cadre d’un protocole ultrasecret que l’armée américaine nous a confié de l’ADN il y a une vingtaine d’années car l’une de nos équipes avait réalisé des travaux de séquençage prometteurs.

—  Tu vois ou je veux en venir maintenant ?

—  Lumineux ! On connecte les deux cerveaux, celui de Ashbee et celui de Reich et on obtient une immense bibliothèque de sensations sexuelles sur laquelle nous connectons toute la population via les nouvelles offres d’Internet sensoriel.
Le Président prit les mains de sa conseillère.

—  Je savais que tu comprendrais immédiatement tout le parti que l’on peut tirer de ce projet. Tu sais, je relis souvent le Palais des rêves de Kadaré que tu m’as offert, j’ai bien vu l’absurdité de tout contrôle mais c’était au siècle dernier. Nous avons aujourd’hui le maillon qui manquait alors aux politiques, un vrai contrôle psychique scientifique, universel et sans danger. A partir de là, nous éradiquons toutes les violences. Les sexuelles et les autres, car tout proc
ède du sexe !!! Pourquoi passer à l’acte alors que les cerveaux disposeront à la demande de la mémoire de n’importe quel fantasme ? En plus nous pourrons canaliser toute l’énergie orgonale, la positive et la négative. La positive, diffusée sur tout le territoire via internet, plongera le pays dans une euphorie énergisante qui dopera notre compétitivité et nous utiliserons la négative comme une arme absolue de dissuasion en la stockant dans des accumulateurs. Adieu la bombe atomique, elle sera sous moins de dix ans rangée au rang des antiquités. Nous maîtriserons, comme l’avait prédit Reich, le climat mondial et nous disposerons de la capacité d’anéantir tout ennemi potentiel en déclenchant sur son territoire des cataclysmes.
Le président se leva de son fauteuil et se dirigea vers la fenêtre du salon.

—  Tu vois, je crois que je vais réussir là où tous ont échoué. Je prétends grâce à ce projet remettre au goût du jour la paix perpétuelle. Ce qui était une chimère va devenir réalité. Plus personne ne connait Kant et bien moi je vais le remettre au goût du jour trois siècles après sa mort mais là où il voyait le droit prendre le pas sur la nature belliqueuse de l’homme, nous allons transformer l’homme et ancrer définitivement la paix universelle dans la réalité, lui donner tout son sens dans la réalité alors que tous en ont fait un idéal à atteindre. Le vieux Kant en parlait lui-même comme d’un vœu pieux ! Si on arrive à retrouver un peu de son ADN, je demande à la BMC de cloner un cerveau et il pourra voir son utopie réalisée.
La conseillère écoutait religieusement le Président qui lui étreignait toujours ses mains.

—  Dès l’instant où toutes les querelles domestiques, les affrontements politiques et la délinquance se seront évanouis, dissous dans un bien-être perpétuel que nous allons simplement favoriser, cette paix perpétuelle, tant espérée s’imposera, je dirais s’installera silencieusement et deviendra une évidence comme respirer. Plus de discours creux et solennels sur la sécurité ! Qu’en penses-tu ?

— J’avoue être un peu dépassée, tout cela me semble aller très vite, ne pense-tu pas qu’il faudrait en parler au grand conseil, lui demander un avis, saisir les experts en éthique… ?

— Je vais être vulgaire ! Mon cul ! Rien ne doit s’ébruiter sous peine de tout voir foirer. Si je commence à consulter tous les comités Théodule que nous nous sommes échinés à créer depuis des décennies pour que rien ne change en faisant croire que l’on réforme alors banco ! Moi je veux réduire au silence toute cette bande de cons, solliciter un nouveau mandat et je serai le seul depuis quarante ans à réussir le coup ! Propose-moi plutôt un plan d’action, genre « guerre éclair » ! Mais avant on va casser la croûte. Je nous ai fait préparer un gigot de sept heures et du Château Haut Marbuzet. Tu apprécies toujours ?
Les yeux de la conseillère pétillèrent. C’était son vin préféré. Elle se dit que finalement ils avaient eu raison de ne jamais coucher ensemble. Cela aurait tout gâché car rien ne pouvait égaler un moment de tendresse intense comme celui qu’elle allait vivre. Une bouchée de gigot préparé avec des fèves dont le mélange des sucs confits exhalerait dans sa bouche une explosion de sensations et ensuite elle s’abandonnerait à regarder la belle robe grenat du vin avant d’en avaler une gorgée et attendre quelques secondes pour découvrir le subtil arôme d’épice en finale du verre. Elle avait fermé les yeux quelques secondes alors que le Président lui avait lâché sa main.

— Toujours aussi épicurienne, à en croire la flamme que je devine dans tes yeux à l’idée de cet en-cas ? Lâcha tendrement le Président ; mais tu ne sors pas d’ici sans me proposer un plan d’action.

— On va faire simple et efficace. Trois ou quatre personnes dans le coup, la section compétente de la BMC à l’isolement et le travail réalisé par des robots archivistes. Au moins il n’y aura pas de fuite et ils ne posent pas de questions ! Ils mettent au point le logiciel qui permettra de diffuser par internet les stimuli sensoriels qui éradiqueront toutes les agressions. Je te propose de lancer le programme dans tous les supports de presse people. Ce sera discret et efficace et on va tirer parti du savoir-faire du Département de la protection de l’Etat pour limiter les manifestations et de grèves en écartant de l’esprit des citoyens la tentation de contester. Nous n’aurons même plus à organiser à intervalles choisis une petite manifestation ou un conflit social pour donner l’illusion que tout est normal. Tous les programmes de divertissement seront truffés de ces stimuli. Nous faisons ainsi d’une pierre deux coups. Par sécurité nous poursuivons le programme de sécurité en orientant l’opinion du peuple à privilégier les victoires sur la fatalité, le progrès, les réconciliations, les exploits… et de l’autre nous modifions jour après jour le psychisme des hommes. Il faudra allouer un budget conséquent à la BMC pour réaliser des études scientifiques sur la réalisation d’une sorte de vaccin à base des stimuli test. Ils seront stockés dans les cerveaux clonés puis diffusés régulièrement sur le net. Il suffira de rendre le vaccin obligatoire et personne ne s’y opposera pour être certain que pas un habitant n’échappe à l’éradication de la violence. Je fais le pari qu’en moins de cinq ans nous y arrivons et là, cher Président, on ne parle plus de ta réélection mais de te confier le pouvoir à vie… Oh pas une dictature, c’est ringard, mais je vois bien un magistère de la sagesse dépassant nos frontières…

— Génial ma chère ! Je vais m’atteler immédiatement à la rédaction d’un mémorandum détaillant le dispositif et qui sera l’acte fondateur d’une nouvelle ère. Lançons l’opération sans tarder, tu as carte blanche, lança, enthousiasmé le Président Astruc. Buvons en attendant un verre de ce nectar et attaquons le gigot qui va être froid !!
Les deux complices se calèrent confortablement dans leurs fauteuils qui avaient la particularité d’épouser instantanément la forme de la personne qui s’y installait et déjeunèrent tranquillement sans plus évoquer le projet qu’ils venaient de concocter.

— Ah tiens j’ai oublié de te dire que je pars demain à St Jacques de Compostelle pour la commémoration des 1200 ans du pèlerinage. Tu viens avec moi ? Il y a encore des places dans mon avion m’a dit l’aide de camp.

— Bonne idée, je n’y suis jamais allé et j’adore le baroque… Banco mon cher Président.
Le lendemain, alors que les huit hommes nécessaires à la manœuvre de l’énorme encensoir qui faisait la fierté de la cathédrale depuis le seizième siècle hissaient l’engin au milieu de la coupole octogonale de la chapelle principale et le faisait osciller à plus de70 km par heure, un craquement se fit attendre et le « roi des encensoirs » se transforma en une fraction de seconde en un projectile balayant une file complète d’invités de marque. Le Président Français reçut le botafumeiro en pleine face et fut tué net. Sa conseillère, deux rangs derrière fut grièvement brûlée et succomba à ses blessures.
Le mémorandum du programme ne fut jamais écrit et faute d’instruction, les fonctionnaires de la protection de l’Etat poursuivirent leur programme de manipulation de l’opinion dont ils pouvaient toujours dire qu’il faisait diminuer « significativement » la délinquance sans que plus personne ne s’interroge sur ce terme. Quant à la paix perpétuelle, elle demeura ce que Kant avait pressenti, un horizon à atteindre…

Dernier bordel porte un regard acerbe et plein d’humour qui tente de fuir la désespérance et le nihilisme de notre temps pour les jubilations de l’invention.
Les couts récits contenus dans l’ouvrage, souvent caustiques et déroutants, renouent avec la joie apaisée des sceptiques et sont une invitation à briser la vitesse assourdissante de notre monde pour mieux le supporter.
Dernier bordel est disponible chez l’éditeur aux éditions Harmattan
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mais aussi sur Fnac.com
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