--> Rébellion dans les Aurès
04 jui 2015
Rébellion dans les Aurès

La trajectoire d’Adjoul-Adjoul est exceptionnelle et pathétique. C’est à la fois un chef de tribu frustre mais lettré et un authentique soldat de l’intérieur, éloigné de la politique et des querelles d’état-major. C’est avant tout, un fin stratège de la guérilla. Aurèsien pur et dur, il ne supportera aucune personnalité étrangère à la région pour conduire la guerre, sa guerre, dans la Willaya I (Aurès-Némencha).
Pour lui, tout étranger à la région est un ennemi, en particulier ceux qu’il appellera souvent par extension « les Kabyles ». Il ne supportera pas, non plus, les querelles intestines, les conflits de pouvoir, l’inconduite et l’incompétence.
Les berbères du massif des Aurès–Némencha ont une solide réputation, de rudesse, de courage, de fierté. Ils appartiennent à l’ethnie chaouïa (qui veut dire berger) connue pour sa forte et complexe organisation tribale. Les croyances et traditions ancestrales des habitants de ces massifs montagneux arides et hostiles, qui vivent sur des territoires spécifiques à leur tribu, sont plus ou moins corrélées avec celles d’anciennes confréries maraboutiques. Ils participeront régulièrement à d’importants mouvements insurrectionnels, notamment en novembre 1916 contre les autorités allant même jusqu’à proclamer leur république pendant quelques heures à Mac-Mahon (Aïn-Touta) dans l’arrondissement de Batna !
Cette insurrection qui fit plusieurs dizaines de morts, galvanisa des tribus connues jusqu’alors pour leurs habituelles et implacables luttes intestines. La présence insuffisante de l’administration dans cette zone reculée, qui, compte tenu de la guerre en Europe, ne s’y manifestait plus que par la conscription, transforma le mécontentement larvé en une franche hostilité à l’égard de tout ce qui était français.

Lire un extrait
Les bandits d’honneur dans les Aurès

Le banditisme a toujours existé ainsi que dans les régions montagneuses ou insulaires irrédentistes et pauvres du bassin méditerranéen. Dans les Aurès comme ailleurs, d’une manière générale les populations autochtones se sont mobilisées pour résister farouchement à l’ordre établi par l’envahisseur, s’efforçant de préserver leur culture, leurs valeurs, leurs traditions. Les mêmes observations peuvent être faites au sujet de la Kabylie.
« Le bandit de grand chemin » est désigné traditionnellement au Maghreb par le terme « fellagha » qui a donc une forte connotation péjorative. C’est la raison pour laquelle il a été largement utilisé dans le langage colonial et militaire pour désigner les combattants de l’Armée de Libération Nationale.
Ainsi y a-t-il bandit et bandit. « Le bandit d’honneur » n’est pas un bandit comme les autres. Il se révolte contre un ordre établi.
Le terme de « bandit d’honneur » serait apparu selon certains dans les années vingt en Corse. Il s’agissait d’opérer une distinction entre les bandits de perception, vulgaires et irrespectueux, les « parcittori » à la tête de bandes armées qui levaient l’impôt faisaient et défaisaient les élections défiant l’autorité préfectorale, et les autres, donc « les bandits d’honneur » nés de la vendetta, agissant en vue de la réparation d’une offense ou d’une injustice soi-disant commise par les institutions judiciaires. « Le bandit d’honneur » est en principe « hors la loi » mais pas pour des raisons crapuleuses.
Dans la réalité, la situation est un peu plus complexe. Ce sont tous des « hors la loi »,rarement honorables. Le phénomène aurèsien n’est pas une singularité propre à ce massif montagneux. Il présente les mêmes caractéristiques que l’on trouve dans diverses autres configurations géographiques et situations sociologiques comparables. Ce qui est frappant, en effet, ce sont les ressemblances.
Le banditisme « est un vieux trait des mœurs méditerranéennes. Par ses origines il se perd dans la nuit des temps »… « Selon les époques, le brigandage a pu changer de nom ou de forme, mais…c’est toujours de brigands qu’il s’agit, à nos yeux, de révoltés sociaux, d’inadaptés ». Ainsi s’exprime Fernand Braudel dans son histoire de la méditerranée. Il poursuit « Le banditisme, c’est tout d’abord une revanche contre les Etats établis, défenseurs de l’ordre politique et même de l’ordre social ». L’éminent historien ne résiste pas, même page, à citer Stendhal qui a sous ses yeux le spectacle du banditisme italien, corse, calabrais, sicilien « De nos jours, tout le monde redoute la rencontre des brigands, mais subissent-ils des châtiments chacun s’en plaint. C’est que ce peuple si fin, si moqueur, qui rit de tous les écrits publiés sous la censure de ses maîtres, fait sa lecture habituelle de petits poèmes qui racontent avec chaleur la vie des brigands les plus renommés. Ce qu’il trouve d’héroïque dans ces histoires ravit la fibre artiste qui vit toujours dans les masses…le cœur des peuples était pour eux et les filles du village préféraient à tous les autres, le jeune garçon qui une fois dans sa vie, avait été forcé d’andar alla macchia ».
Il y a plus qu’un dénominateur commun au banditisme corse, calabrais, albanais et doit-on ajouter aurésien. Rien d’original et de nouveau ici et là. « Prendre le maquis » c’est partout une révolte. D’autre part, la pratique de la vendetta, même si en Albanie le vengeur est glorifié, alors qu’en Corse la vengeance est un choix par défaut-, constitue un invariant de ces sociétés repliées sur elles-mêmes et pourtant fondamentalement différentes. Au-delà des avatars la raison profonde est le maintien d’une identité, un contrepouvoir.
Ces singularités ne sont d’ailleurs pas propres au bassin méditerranéen. A l’époque des Tsars des bandits géorgiens dépouillaient en campagne le trésor public pour reverser aux pauvres une portion congrue. Le gouverneur dans sa citadelle caucasienne n’y pouvait rien. C’étaient aussi des « bandits d’honneur ».

Rébellion dans les Aurès que vient de publier Raymond Nart est un document historique.
Il a pour base le récit des débuts de la révolution algérienne par Adoul-Adjoul,combattant de la première heure.
Le document a été consigné par le 2ème Bureau de l’Etat-Major de la 21ème DI Sud Constantinois après le ralliement d’Adjoul aux autorités françaises en novembre 1956.
Il s’agit là d’une pièce historique inédite, inconnue des Algériens eux-mêmes.
Le texte est détaillé, précis, pittoresque.
Raymond Nart était alors officier, en poste en Algérie avant de faire toute sa carrière à la Direction de la surveillance du territoire. Il sera au cœur de l’affaire Farewell, révélée dans les années 1980 et qui sera la plus grande réussite du contre-espionnage français depuis la seconde guerre mondiale.
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=46006
http://clio-cr.clionautes.org/histoire-interieure-de-la-rebellion-dans-les-aures-adjoul-adjoul.html#.VZeIS0ZBoUU

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