--> Comprendre les crises (30) Modernité de Thomas Hobbes et Ferdinand Tönnies
15 avr 2017
Comprendre les crises (30) Modernité de Thomas Hobbes et Ferdinand Tönnies

J’avais publié en mars 2013 quelques lignes sur les travaux de Tönnies.
Son ouvrage Critique de l’opinion publique analyse le rapport des citoyens à leurs dirigeants en posant le principe que toute obéissance est échangée contre de la protection et de la sécurité, mais encore faut-il ne pas heurter ou mépriser pour maintenir cette subordination qui donne du sens à la déclinaison de l’obéissance à la loi.
J’écrivais alors que Tönnies complète l’analyse de Hobbes sur les causes des conflits entre les hommes (rivalité, défiance et gloire).
Pour que nous renoncions à un état de nature qui s’assimile à un état de guerre nous souscrivons à un contrat d’obéissance, ciment de la société civile. Encore faut-il, pour être fidèle à ce contrat, accepter des concessions et qu’existe une confiance suffisante avec ceux qui gèrent le contrat. Cette analyse n’a pas pris une ride. Hobbes a été critiqué pour son affirmation que l’on ne pouvait s’attendre à ce que les gouvernants s’abstiennent de rechercher un profit personnel (y compris pour la famille et les amis) dans leur exercice du pouvoir puis que leur mandat dépend des subordonnés qui sont soumis aux mêmes travers.
L’apport Hobbes est de poser la question de la finalité du contrat de société ; Est-il conclu en vue de la liberté ? De la richesse ? Ou de la puissance de l’Etat ?
Hobbes dans le chapitre 29 du Léviathan pose la question de la décomposition des sociétés en dehors de faits de guerre extérieure « lorsque les républiques en viennent à se dissoudre, non pas par une violence extérieure, mais par des désordres internes, la faute n’en est pas aux hommes, en tant qu’ils en sont la matière, mais en tant qu’ils en sont les fabricants et les ordonnateurs »

Tönnies conforte cette vision en livrant une démonstration sur les trois états de l’opinion publique : solide, fluide et volatil. L’état solide concerne l’idée de de liberté personnelle « on ne veut pas être empêché, entravé, dans la poursuite de ses fins de son bonheur » Il en découle l’exigence très forte de liberté économique qui englobe celle du commerce, du travail, celle d’association et ce, tant que cela ne fait pas obstacle à la liberté générale. L’intégration de la liberté à l’opinion est ainsi très forte. L’état fluide est plutôt celui de l’égalité qui est un devoir exigeant une forte volonté au quotidien pour la rendre vivante. Quant à l’état volatil, il explique les embrasements de l’opinion sur les excès du pouvoir.
Tönnies livre un aspect intéressant de ces états de l’opinion publique en montrant que les grands scandales sociaux passent de l’état volatil au fluide, voire au solide. A propos de l’affaire du collier de Marie Antoinette, « l’opinion publique fut indifférente de savoir qui était condamné ou acquitté tant était déterminante l’impression que toute la haute société était pourrie et s’était rendue méprisable et ridicule ». Pourtant les accumulations de scandales, nous dit Tönnies provoquent des hauts le cœur mais ne remettent pas en cause la forme étatique qui est considérée comme insurpassable et juste dans leurs éléments essentiels. Ces scandales poussent à réaliser des réformes internes pouvant être profondes mais ne remettent pas en cause à l’État.
A méditer …..en relisant quelques chapitres de ces auteurs pour se forger une opinion …..

En savoir plus :
http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article43
Léviathan en accès libre
http://classiques.uqac.ca/classiques/hobbes_thomas/leviathan/leviathan_partie_1 /leviathan_1e_partie.pdf
Critique de l’opinion publique. Ferdinand Tönnies ; Gallimard ; 2013 pour l’édition française ; 1922 pour l’édition originale.

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