--> Comprendre les crises (31) Quelle couverture pour les catastrophes majeures ? Assurances, budgétisation, dette….
08 mai 2017
Comprendre les crises (31) Quelle couverture pour les catastrophes majeures ? Assurances, budgétisation, dette….

La publication, fin mars 2017 du coût estimatif des catastrophes naturelles pour l’année 2016 montre le poids de cette charge pour les économies mondiales.
Les réassureurs estiment à 175 milliards de de dollars la facture globale pour 54 milliards couverts par les assurances. Le différentiel est assuré directement par les particuliers et les États c’est-à-dire les contribuables. Le montant a doublé par rapport à 2015 et le chiffre 2016 est presque aussi élevé que celui de 2012 date de la catastrophe de Fukushima.
Le coût 2016 a été généré par 327 catastrophes répertoriées majeures (séismes, tempêtes, inondations …) dont beaucoup se sont produites dans des pays où la population est bien assurée (USA, Europe, Japon, Nouvelle Zélande). A titre comparatif, les inondations de juillet 2016 en Chine provoquées par le fleuve Yang Tsé (30 millions de personnes concernées dont 1,5 millions déplacées, 180 morts , environ 60 000 maisons détruites) ont causé pour environ 22 milliards de dollars de dégâts pour 400 millions couverts en assurances. Le différentiel sera absorbé au prix d’un alourdissement des dettes publiques et privées et un appauvrissement des populations concernées.
L’assurance est en train d’atteindre ses limites en tant que réponse à l’interruption des activités commerciales, en raison de l’ampleur des pertes potentielles et du fait que les effets indirects ne sont pas couverts. Les stratégies de gestion des risques insistent donc de plus en plus sur la continuité des activités commerciales, qui nécessite essentiellement d’éviter que les systèmes vitaux soient perturbés (santé, énergie, télécommunications, etc.).
Cela étant, même dans les pays membres de l’OCDE, les systèmes vitaux ne sont pas toujours à même de faire face aux conséquences d’une catastrophe majeure. Compte tenu de l’interdépendance entre les différentes composantes de l’économie, les retombées économiques d’une seule perturbation peuvent se répercuter bien au-delà de la zone géographique ou du secteur d’activité directement touchés.
Si l’on prend en compte un spectre allant au-delà des catastrophes naturelles et technologiques (y compris nucléaires) et incluant les catastrophes sanitaires et le terrorisme, il apparaît évident de s’engager dans des politiques publiques allant bien au-delà de l’analyse coûts-avantages classique. Il est par exemple indispensable de réfléchir ex ante à des dispositifs garantissant un accès de la population à des produits sains pendant une épidémie. Il est tout aussi évident de disposer de ressources budgétaires suffisantes pour réduire au maximum le délai de retour à la normale ( mobilisation massive de crédits budgétaires pour investir dans les réparations …). Comme la plupart des risques systémiques mais surtout leurs conséquences sont difficiles à anticiper, il est difficile pour le secteur assurantiel de fixer des niveaux de primes équitables et surtout économiquement supportables. Qui accepterait un niveau de prime élevé, pour couvrir un risque hypothétique à la fréquence inconnue ?
Par contre un État peut anticiper et mettre en place un dispositif budgétaire ante catastrophe, mobilisable à travers un fonds dont les moyens peuvent être utilisés hors catastrophes. Des stratégies existent mais elles sont encore timides au regard de l’ampleur des risques à anticiper (plafonnement de la responsabilité, titrisation des contrats d’assurances, exclusion de certains risques de l’assurance, recours à l’assurance obligatoire et appel à l’Etat en dernier ressort). C’est ce positionnement de l’Etat comme « assureur » en dernier ressort qui doit être développé avec un recours à des solutions acceptables par le contribuable à la condition d’être légitimes et surtout effectives. Cela passe par un traitement de la dette (publique et privée, nationale et supranationale ) afin de ne pas obérer les capacités de financement qui devront être mobilisées massivement pour répondre à un désastre sans paupériser les populations.
Ce positionnement n’est pas sans influence sur le travail et l’organisation des pouvoirs publics qui seront confrontés de plus en plus à une crise de légitimité s’ils ne prouvent pas aux citoyens qu’ils savent se gouverner avant de prétendre les gouverner (La formule est de Philippe Bezes dans Réinventer l’Etat publié chez PUF en 2009 ; Il l’emprunte à Gilles Deleuze dans son commentaire sur l’usage du plaisir de Michel Foucault).
Répondre à ce défi est l’enjeu majeur auxquels les démocraties industrielles sont confrontées pour ce 21éme siècle. Ne pas y répondre les précipiteront vers l’arbitraire et le chaos.

Un des enjeux majeurs des démocraties est démonter leur capacité à assurer le plus rapidement possible un retour à une vie normale après une crise majeure. Cela passe notamment par des politiques publiques assumées de budgétisation ante-catastrophe.
On pourra également se reporter à un précédent article paru le 21 avril 2013 dans ce même blog.

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