--> Comprendre les crises (35) : Le cyclone Irma, encore un signal d’alerte….
23 sep 2017
Comprendre les crises (35) : Le cyclone Irma, encore un signal d’alerte….

Le cyclone Irma qui a frappé durement en septembre 2017, les Antilles, la Caraïbe et la Floride aurait provoqué des pertes et dommages de l’ordre de 120 milliards de dollars qui viennent s’ajouter aux 30 milliards de dollars provoqués par l’ouragan Harvey un mois avant. Pour la France, la charge est de 1,2 milliard d’euros qui seront pris en charge par le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles, donc la solidarité nationale (assurés et contribuables).
Ces chiffres sont à comparer aux 145 milliards d’euros causés en 2016 par les catastrophes naturelles et les désastres causés par l’homme dans le monde entier. Abstraction faite des conséquences humaines de ces événements, la tendance générale est de ne pas succomber au pessimisme car d’un strict point de vue économique, ces centaines de milliards sont en balance avec le PIB mondial qui s’est établi à 75 544 milliards de dollars en 2016. Pour la France, le 1,2 milliard est à comparer avec le PIB qui est de l’ordre 2 500 milliards.
Ces chiffres peuvent apparaître rassurants quant à notre capacité de surmonter de tels événements pourtant plusieurs signaux doivent nous interpeller….
Le premier est lié à la faiblesse des taux d’intérêt. Les économies mondiales absorbent le choc de ces événements car le loyer de l’argent est très faible et que les assureurs peuvent emprunter des centaines de milliards.
Le second est un taux de pénétration de l’assurance catastrophe encore faible au niveau mondial. Quasi inexistant dans les pays émergents et dans des pays comme la Chine et l’Inde mais aussi aux États Unis où dans des États comme le Texas, presque 85% des habitants ne souscrivent pas de contrats d’assurance inondation.
Le troisième est une loi du comportement humain qui fait que la répétition de sinistres majeurs crée une aversion au risque engendrant une demande plus forte d’assurance. Mais plus les risques augmentent, plus les coûts de couverture croissent et plus il devient difficile de les lisser pour que la compétitivité ne diminue pas.
Le quatrième signal est donné par l’augmentation du nombre d’habitants sur la planète qui s’installent dans des zones à risques : bandes littorales ou fluviales, failles sismiques, grandes métropoles… Les actuaires disposent d’algorithmes démontrant pour l’instant que le risque n’est pas principalement causé par l’augmentation de la fréquence ou de l’intensité des catastrophes, mais par l’accroissement des vulnérabilités imputés à une population de plus en plus nombreuse et créant de plus en plus de richesses. Le rapport étant de 20% à 80%.
Cinquième signal, depuis 1992 et le cyclone Andrew, des caisses de réassurance ont été créées dans les paradis fiscaux avec un marché florissant des obligations catastrophes. 600 milliards de disponibilités sont annoncés ; La collecte de fonds pour souscrire ces « cat bonds a représenté un peu plus de 8 milliards de dollars pour le premier semestre 2017, chiffre record, supérieur de presque 40 % que la plus forte collecte semestrielle précédente.
Ce produit permet aux réassureurs de transférer le coût du risque vers des tiers. Le mécanisme est très proche de celui des subprimes. L’investisseur fait un pari avec son argent sur la survenance d’une catastrophe à une date (trimestre, semestre d’une année n+..) Si la catastrophe ne survient pas, une rémunération est versée. La fréquence des catastrophes naturelles si elle s’accroit peut gripper la machine en décourageant des tiers d’acheter de telles obligations ; autre possibilité, donner un rendement encore plus attractif aux obligations mais avec le risque de voir augmenter les primes d’assurances, les rendant dissuasives.
Sixième signal, les mécanismes mis en place participent à l’érosion d’une éthique collective.
Le concept de solidarité est très éloigné car on dérive rapidement sur de la création de richesse proche d’un effet « casino ». Un opérateur ferroviaire peut par exemple assurer son réseau contre les dégâts produits par des vents supérieurs à X km/h. Si le phénomène se produit et ne provoque pas de dégâts, l’indemnisation sera quand même versée …Inversement, si le vent est inférieur à X et que des dommages surviennent, aucune indemnité ne sera versée …
Tout repose sur des modèles mathématiques calculant des ratios sur des évènements et des dommages extrêmes mais avec des probabilités faible de survenance. Pour que le dispositif soit alimenté en capitaux, les contrats sont titrisés et éclatés dans d’autres produits financiers, les SPV (Special Purpose Vehicles). Des produits couvrent aujourd’hui plusieurs familles de catastrophes, là où il y encore quelques années, ils étaient limités à une. Les dernières émissions parient sur des risques de pandémies et sont proposées par des organisations internationales pour disposer de fonds en cas de survenance d’une catastrophe sanitaire mondiale.
Tout est donc en place pour un effondrement du dispositif….. La remontée des taux d’intérêts ou un défaut du marché chinois peuvent être les faits qui le provoqueront.
Si l’on rajoute à tous ces éléments le constat que pour l’instant ce sont les pays les plus pauvres qui sont les plus vulnérables aux catastrophes et que dans les pays riches qui connaissent des catastrophes, ce sont les plus pauvres qui en subissent le maximum de conséquences, il st facile de voir l’intérêt et l’urgence de voir traiter la question par des mécanismes plus robustes et plus solidaires comme la budgétisation ante- catastrophe et des transferts de richesse ciblant la prise en charge des évolutions climatiques et sociales.
Plus les États prendront de temps à résoudre les questions posées, plus l’effondrement sociétal sera violent.

La série de cyclones qui a frappé la zone Caraïbes en aout et septembre 2017 est l’occasion d’en analyser les signaux sociétaux
Le lecteur pourra se rapporter à de précédents articles de ce blog, notamment sur les biais cognitifs et les liens "économie -crises" avec notamment les mécanismes de budgétisation ante catastrophe.

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