Une crise provoque des effets négatifs, mais elle est porteuse d’évolution et de progrès. L’ambivalence de la crise est somme toute positive. La série d’articles précédemment publiés sur ce thème dans le blog illustre ce constat.
Mais qu’en est-il des crises ? La succession ininterrompue de crises que nous traversons : économiques, financières, environnementales, politiques, sociales… est porteuse de tout autre chose car chacune constitue un signe annonciateur d’un profond bouleversement des institutions. La transformation se passe sous nos yeux mais nous refusons de la voir. Combien de temps faudra t’il pour qu’elle soit visible par tous ?
L’impossibilité de répondre à la question explique notre propension à nier le problème car nous plaçons le curseur temporel suffisamment loin.
Pourtant, la réalité nous montre chaque jour, qu’un peu partout dans les pays industrialisés et identifiés comme démocratiques, des mesures sont prises avec pour objectif affiché de préserver les institutions pour que ces dernières protègent les citoyens. Or c’est là que réside le paradoxe de la liberté dans nos systèmes institutionnels occidentaux..
La liberté doit être comprise comme celle de chaque individu mais aussi comme une obéissance volontaire à un système. C’est cette dimension morale de la liberté qui permet la vie en société. Cette architecture est aujourd’hui remise en cause par un retour de l’individualisme masqué par la mise en réseau de la société, promue en vecteur de la solidarité..
Cet individualisme affaiblit l’intériorisation par chacun d’entre nous de la transcendance des valeurs morales qui constitue le ciment de la liberté. C’est cette transcendance qui fait qu’un individu est prêt à sacrifier sa vie plutôt que de transgresser son devoir. La force de cette transcendance est qu’elle est universelle et se retrouve dans les philosophies occidentales et orientales. .
Parmi les questions qui se posent à nous, il faut s’interroger par exemple, sur le fait savoir si nous sommes prêts à consentir ce sacrifice de la vie pour un réseau ? De savoir si l’on est prêt à accepter le recours à la violence pour les défendre alors que ce privilège était jusqu’à présent consenti aux seuls États? De manière identique un courant émerge et de plus en plus fort pour contester le droit à l’Etat de recourir à la violence « légitime » pour défendre une décision démocratiquement conforme aux institutions mais contestée par des minorités.
C’est bien en ses termes que commence à se dessiner le futur contour des compétences des États et de la représentation de la souveraineté. Disant cela, j’ai bien conscience que la définition des termes État, Nation, représentation, souveraineté est à repenser car les peuples doutent un peu partout à travers le monde de la capacité de leurs représentants à comprendre et légiférer sur des questions en décalage avec le périmètre de États-nations. Le poids pris par les instances de régulation économique et les gouvernances de réseaux est tel qu’un grave déséquilibre est durablement créé. Toute future crise majeure qui concernera un réseau montrera l’impuissance des États si ceux-ci ne se réforment pas profondément. .
Nul ne peut nier que germe actuellement dans les populations un mouvement qui tend à préférer n’importe quoi aux systèmes existants.
Chaque démocratie devrait donc méditer la leçon platonicienne. Car le principal défaut de la démocratie, nous rappelle t’elle, n’est pas d’être un régime si instable, si vacillant, si corrompu, qu’il est toujours médiocre, mais de se déconsidérer au point qu’on pense n’avoir rien à perdre en lui préférant le pire. .
Cette conclusion du chapitre « démocratie » de l’ouvrage de Nicolas Grimaldi, Les idées en place, mérite toute notre attention.
En savoir plus:
Les thèmes abordés dans cet article seront développées dans des publications à paraitre dans la revue Les Cahiers de la sécurité et de la justice et dans celle de l’Observatoire international des crises.
https://www.ihemi.fr/publications/les-cahiers-de-la-securite-et-de-la-justice
Cliquer pour accéder à cccnl20-Gerard-Pardini.pdf
http://www.communication-sensible.com/articles/article344.php
Citation de fin d’article: Nicolas Grimaldi : Les idées en place ; PUF, 2014
