Comprendre les crises (71) Walter Bagehot

Depuis sa création, ce blog a porté une attention particulière aux théories économiques comportementales. A ce titre, j’ai trouvé très intéressant l’un des articles du numéro de décembre 2018 de la revue du FMI Finances et développement intitulé « Atelier de crise ». Il présente les travaux de l’université Yale, qui organise chaque année des échanges avec les banquiers et financiers ayant affrontés des crises financières mondiales (pesos mexicain de 1994, crise asiatique de 1997, crise financière mondiale de 2008). J’en tire quatre enseignements :

Premier enseignement délivré par les vétérans des crises économiques : Ne pas compter sur un mode d’emploi.
Le corpus de connaissances et de retours d’expériences est abondant mais peu utilisé. Cela tient au fait que l’analyse collective est défaillante en raison des biais cognitifs qui rendent souvent les décideurs aveugles et sourds.


Second enseignement, il n’existe pas encore de passerelles solides entre l’enseignement universitaire, les institutions économiques et les législations et réglementations votées ou décidées par les gouvernements. Cela vaut pour les crises financières comme pour toutes les autres crises systémiques. L’ambition de Yale est d’aboutir à un manuel de riposte aux crises, baptisé Projet Bagehot,du nom de Walter Bagehot, journaliste et économiste britannique du 19éme siècle et auteur de « Lombard Street ou le marché financier en Angleterre ».Ce programme de recherche s’attache à analyser simultanément des crises et les mesures gouvernementales prises en réponse en décortiquant les détails techniques de ces interventions.

Cet article de la revue du FMI a donc été l’occasion de relire Lombard Street, paru en 1873 et traduit en français dès 1874. Sa dissection des rouages d’une panique financière en s’appuyant sur les crises de la Banque d’Angleterre en 1857 et 1866 est très intéressante et transposable à tous les autres types de grandes crises. Bagehot démontre l’intérêt de disposer de réserves considérables pour réduire les effets d’une crise systémique, d’où le troisième enseignement, qui est un rappel du principe de bonne gestion que sont les budgétisations publiques d’ante catastrophes.  De l’importance des réserves dépend la durée ou l’intensité des époques mauvaises : « Nous nous faisons donc une idée d’autant plus grande de la responsabilité de ceux à qui incombe le devoir de garder cette réserve que nous en comprenons mieux l’importance. »
Il pose ainsi la question du temps long, trop souvent éludé, et qui, si cette donnée était prise en compte permettrait de mieux traiter les prélèvements et les redistributions entre les périodes fastes et les récessions. Il décortique les crises financières anglaises de 1825 et 1866 avec la découverte comme explication de ces crises que : les jetons qui servaient à marquer les points au jeu, c’est-à-dire que les actions des compagnies créées pour soutenir la fièvre, n’ont aucune espèce de valeur ; elles disparaissent toutes, mais une grande partie du crédit disparaît avec elles…. Leçon à méditer dans notre siècle ou le virtuel est monétisé à outrance….
Bagehot nous dit aussi que « Les gens sont d’autant plus crédules qu’ils sont plus heureux ; quand on vient de gagner beaucoup d’argent, quand on est persuadé qu’on va en gagner beaucoup encore, on se laisse bien facilement duper »
Autre enseignement de bon sens mais tout aussi perdu de vue que les précédents : la confiance.
Pour avoir confiance dans les institutions que sont les banques, les entreprises et les États, il faut que les clients et les citoyens éprouvent de la confiance envers les hommes.
Bagehot parle de « confiance d’homme à homme » et, nous dit-il « quand des causes cachées affaiblissent beaucoup cette confiance, un petit accident peut lui porter un coup terrible, et un grand accident l’anéantir presque pendant un instant ».

En savoir plus :
Finances et développement, la revue du FMI

https://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2018/12/index.htm


Lire Lombard Street sur le site de l’université du Québec à Chicoutimi.
http://classiques.uqac.ca/classiques/bagehot_walter/lombard_street/lombard_street.pdf


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