L’article publié dans ce blog en juillet 2012 intitulé « Un futur bien sombre » est disponible sous le n° 86. Il présentait les trois grands scénarios contenus dans le document « Global Trends 2030 » établi par la CIA. Ils étaient tous trois pessimistes avec des titres sans équivoque : « retour en arrière », « coopération » et « désintégration ».Le retour en arrière se fonde sur la tentation d’un repli sur eux-mêmes des États occidentaux en raison de la crise économique et financière des subprimes qui s’annonçait longue. Le scénario « coopération » apparaissait le plus favorable mais reposait sur l’espoir de convergences fortes entre Chine et Amérique. Quant au scénario « désintégration » il montrait les conséquences négatives de l’accroissement des risques environnementaux et sociaux pouvant aller jusqu’à l’effondrement. Cette analyse des experts de la CIA était partagée lors de sa publication par des documents français que je citais dans l’article : un rapport de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée Nationale sur l’impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense publié en février 2012, un autre sur les nouvelles menaces provenant de maladies émergentes publié par la délégation sénatoriale à la prospective. Ces documents de 2012 étant eux-mêmes nourris par les travaux plus anciens rendus publics en 2005 : ceux de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) sur le thème : Santé des plantes et des animaux, maladies émergentes, épidémiologie et un rapport de 2010 du Haut Conseil de la santé publique : Les maladies infectieuses émergentes : état de la situation et perspectives. Force est de constater que huit ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée malgré quelques actions fortes prises par les États dans les domaines économiques et environnementaux. La crise économique des subprimes, même si elle a permis la mise en place de mécanismes de régulations des marchés financiers, n’a pas épuisé le sujet et nous avons embrayé en 2020 sur une crise mondiale liée à l’arrêt partiel de la vie économique dans la plupart des pays industrialisés avec la pandémie COVID 19.Si l’on ajoute à cela le BREXIT, les très fortes tensions sino-américaines, la montée des populismes donnant crédit au scénario « retour en arrière » et enfin la poursuite de la dégradation environnementale mondiale, nous ne pouvons que malheureusement constater que les interconnexions des champs de la sécurité, du sociétal et de l’économie ne sont pas encore prises en compte à leur bon niveau par les politiques publiques des pays industrialisés et par les instances de régulation multilatérales qui sont bien à la peine en raison notamment de la défaillance de leur principal contributeur qu’étaient les USA.Il me semble impossible en octobre 2020 de disposer de suffisamment de paramètres permettant d’envisager un scénario probable de sortie de crise sans trop de casse sociale et politique car pour la première fois depuis longtemps ce sont les classes moyennes et supérieures qui sont à la peine. Une conjonction de désespoir, de sentiment d’abandon et d’absence de perspective partagée par ces catégories socioprofessionnelles jusqu’alors épargnées et les travailleurs constitue une source de fragilité des démocraties représentatives pouvant aller jusqu’à leur effondrement. Plus que jamais il y a urgence à créer de l’espoir en l’avenir en donnant vie à des idées en rupture avec les doctrines qui servent de support aux prises de décisions économiques et politiques. Cela implique d’avoir le courage de s’affranchir des cadres de décisions traditionnels. Les dernières phrases de l’ouvrage du Prix Nobel d’économie 2008, Paul Krugman, « Pourquoi les crises reviennent toujours ? » publié pour la première fois en 1999, puis mis à jour en 2009, sont toujours d’actualité : Nous n’accéderons pas à l’entendement qui nous est nécessaire à moins que nous ne décidions de formuler clairement nos problèmes et de suivre nos réflexions où qu’elles nous conduisent. Certains pensent que nos problèmes sont structurels et qu’il n’existe pas de remède miracle. Je pense pour ma part, que les seuls obstacles structurels importants à la prospérité du monde sont les doctrines obsolètes qui encombrent l’esprit des hommes.Persister à vouloir analyser la situation actuelle sans remettre en cause les diverses gouvernances (nationales et internationales) à l’aune d’une véritable et sincère évaluation des risques et de leurs interdépendances ne pourra conduire qu’à plus de crise et plus d’incertitude… Essayons également de ne pas s’affranchir de sens spirituel dans nos actions car si cela venait à disparaitre, nous n’aurions plus aucun espoir à mettre dans l’amélioration de nos vies.
En savoir plus :Global trends 2030 : http://gt2030.com/
Impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense :
http://www.assemblee-nationale.fr/13/europe/rap-info/i4415.asp
Les nouvelles menaces des maladies émergentes :
http://www.senat.fr/rap/r11-638/r11-6381.pdf
http://blogs.senat.fr/maladies-emergentes/files/Propsective-INRA-maladies-emergentes-2005.pdf
Paul Krugman ; Pourquoi les crises reviennent toujours ? Editions du Seuil, 2000; réédition 2009.
La tribune de Paul Krugman dans le New York Times (en anglais)
Paul Krugman, un Nobel pragmatique
Paul Krugman sur le site du prix Nobel (en anglais)
A propos de l’ouvrage de Paul Krugman
HUGON Philippe, « Interprétations diverses autour de la crise économique », Revue internationale et stratégique, 2010/1 (n° 77), p. 193-198. DOI : 10.3917/ris.077.0193.
https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2010-1-page-193.htm
