Comprendre les crises (108) Le risque existentiel

Le risque de réchauffement climatique et les informations de plus en plus fréquentes concernant les catastrophes qui en découlent contribue à générer une abondante littérature. J’avais commencé à évoquer le sujet dans l’article 22 qui traitait de la prise en compte des chaînes de valeur. Écrit quelques mois après la catastrophe de Fukushima, survenue en mars 2011, il faisait référence aux travaux de l’OCDE sur les chocs mondiaux publiés en juin 2011 sous la forme d’un guide stratégique destiné à s’approprier les risques systémiques du futur pour mieux s’y préparer ( https://www.oecd.org/governance/48329024.pdf ).

Fukushima, il faut le rappeler, n’est pas une catastrophe nucléaire mais la conséquence d’un très violent tremblement de terre qui a engendré un tsunami, provoquant la mort de 18 000 personnes et l’évacuation de plusieurs centaines de milliers d‘autres. Il a entrainé une série d’accidents majeurs dans la centrale nucléaire et a durablement affecté l’économie japonaise ainsi que celle de plusieurs autres pays. Quant aux conséquences sociales et politiques, il a fallu des années pour en appréhender l’ampleur et les conséquences. En 2023, les perturbations causées produisent toujours des effets y compris géopolitiques avec la polémique sur le rejet en mer des eaux de refroidissement contaminées qui sont stockées à terre.

L’environnement étant en évolution permanente, la donnée constante à prendre en compte est que tout choc mondial à une capacité de conductivité croissante des perturbations qu’il va engendrer.    

Ces problèmes étaient pressentis depuis les années 1970 et les travaux du mathématicien John Casti (notamment dans son ouvrage de référence publié en 1989, Alternate Realities : Mathematical Models of Nature and Man), sur la modélisation mathématique qui laissaient entendre sans ambiguïté que nous serions confrontés inéluctablement à des risques inconnus pour lesquels nous ne disposerions pas ou peu de données.

Les catastrophes de type Fukushima mais aussi des évènements comme la guerre russo-ukrainienne permettent de tracer une ligne entre risques mondiaux et risques locaux du fait de l’existence de plates-formes d’interconnexion qui favorisent l’accumulation et la propagation des risques. Toute faiblesse dans la connaissance des interconnexions provoque une sous-estimation du potentiel réel des risques et de mauvaises réponses aux crises. Ces interconnexions sont qualifiées par l’International Country Risk Guide (ICRG) de « conducteurs sous-jacents » nécessitant un traitement et des stratégies de long terme.

Les risques « existentiels » constituent l’ultime catégorie des chocs globaux, car si l’un d’entre-eux venait à survenir, il aurait la capacité de faire disparaitre une partie significative, voire la totalité des humains. Avant la maitrise des armes nucléaires, de tels risques étaient d’origine naturelle et avaient provoqué des extinctions de masse concernant des espèces animales et végétales. Le fait générateur de ces extinctions ayant été provoqué par des collisions d’astéroïdes ou des éruptions de super volcans entrainant des glaciations.

Depuis 1945, l’homme dispose des capacités technologiques de réduire à néant la vie sur terre avec les armes nucléaires mais pas seulement depuis les dernières avancées technologiques dans le domaine des biotechnologies et de l’intelligence artificielle. Comme l’arme nucléaire, biotechnologies et IA disposent de capacités duales pouvant soit améliorer la vie humaine, soit la réduire, voire la faire disparaitre. Les possibles générés par les trois risques existentiels peuvent trouver une démultiplication à l’occasion de la survenance d’autres risques, une pandémie, une guerre régionale, une catastrophe régionale climatique, un effondrement des réseaux de communication ….

Un autre danger provient de la régulation souhaitée de ces risques par les gouvernements mais aussi par les individus qui, se sentant en danger, acceptent et même demandent la prise en charge par une intelligence artificielle de décisions supposées protectrices.

S’il est raisonnable d’imaginer que l’homme saura surmonter les difficultés créées par les développements technologiques, comme il l’a fait au cours des siècles précédents, il semble néanmoins plus hasardeux de prédire notre comportement face à l’instabilité sociétale qui peut être engendrée par les changements climatiques. Leur multiplication et leur aggravation ne peut que favoriser crises économiques, pandémies et conflits armés. Nous sommes bien là confrontés à la prise en compte des interconnexions entre les différents risques, ces « conducteurs sous-jacents » définis par l’ICRG qui nécessitent un traitement et des stratégies de long terme.

Les travaux de Future of life et de l’OCDE sont à ce titre intéressants à suivre car l’un des outils dont nous avons la maitrise est la connaissance. Si nous n’investissons pas massivement dans les fondamentaux de l’éducation, il y a fort à parier que les générations futures seront fort démunies pour traiter les risques existentiels et nous serions alors les seuls responsables de notre effondrement. 

En savoir plus :

Future of life, un think tank de l’université d’Oxford qui traite des risques existentiels portés par l’intelligence artificielle, des biotechnologies et des armes atomiques. https://futureoflife.org/

Portail de la gestion des risques de l’OCDE
http://www.oecd.org/fr/gov/risques/

Recommandation du Conseil de l’OCDE sur la gouvernance des risques majeurs (2014) https://www.oecd.org/gov/risk/Critical-Risks-Recommendation-French.pdf

The OECD High Level Risk Forum (HLRF) 2020. https://www.oecd.org/gov/risk/10th-oecd-high-level-risk-forum.htm


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Une réponse à « Comprendre les crises (108) Le risque existentiel »

  1. […] Les risques systémiques et existentiels ont déjà été évoqué dans ce blog avec notamment le post 22 qui traitait de la prise en compte des chaînes de valeur. Écrit quelques mois après la catastrophe de Fukushima, survenue en mars 2011, il évoquait les travaux de l’OCDE sur les chocs mondiaux publiés en juin 2011. Le post 108 traitait quant à lui du risque existentiel, ultime catégorie des chocs globaux dont la survenance pourrait conduire à une extinction partielle ou totale de l’humanité. https://gerard-pardini.fr/2023/09/02/comprendre-les-crises-108-le-risque-existentiel/ […]

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