La « crise » de la dette ne peut se comprendre qu’en allant au-delà des chiffres et en la mettant en perspective avec le rôle de l’État en France qui pose question depuis longtemps.
Un environnement en crise
Le débat sur la dette constitue une illustration parfaite du paradoxe français d’exiger toujours plus d’intervention de l’État tout en pestant contre le volume de crédits publics mis en place pour y répondre. Ce paradoxe a été gérable pendant quasiment deux siècles pourtant traversés par des guerres. Il s’est enraciné dans la continuité de l’équilibre brinquebalant qu’avait entretenu l’ancien Régime depuis Louis XIV avec un pouvoir centralisé occupé à réduire l’importance des conflits intérieurs pouvant le menacer. De temps à autre, la noblesse, avide de pouvoirs, était bridée par le roi dans ses élans, permettant ainsi de maintenir une pression acceptable sur le peuple au moyen d’une administration très bien organisée et sachant notamment lever l’impôt. Le système a été balayé en 1789 en réaction à l’incapacité du pouvoir royal de se réformer en tirant les conséquences des changements économiques, sociétaux et politiques qui s’enracinaient dans toute l’Europe et pour la première fois dans un autre continent, l’Amérique. En se révélant incapable de comprendre ces changements et d’adapter l’État, la royauté ne pouvait survivre. Le Premier Empire fut une réponse à cette situation mais alors que l’ordre intérieur était rétabli, des réformes économiques réalisées et qu’une paix sociale acceptable était instaurée, des guerres, pour la plupart contestables sont venues mettre à bas un équilibre encore précaire. Il est même certain que sans ce poison, le régime impérial aurait été incapable de perdurer car tant la volonté de la société était forte de participer de plus en plus fortement au fonctionnement de l’État et à son contrôle. L’Etat s’est ainsi inscrit durablement au centre des affrontements politiques, sociaux et économiques avec des clivages idéologiques entre les partisans d’un État fort, centralisé et dominant la société et ceux estimant que la fonction de l’État était d’exprimer, protéger et garantir l’ordre social[1].
L’enracinement de la démocratie avec la Troisième République a permis d’instituer un équilibre durable par ce que l’on a appelé « synthèse républicaine » entre un Etat héritier de la monarchie et de l’Empire mais au prix d’être une sorte de bouc émissaire pour les groupes d’intérêts composant la société. Chacun des groupes reconnait la légitimité de l’Etat à la condition que ce dernier consacre les droits et protège ses intérêts. La faiblesse de ce dispositif réside dans le fait que le rôle de l’État n’a pas été clairement défini. Le choix entre un État dominateur et contrôleur au centre de la vie politique, économique et sociale et un État dont la fonction serait « d’exprimer, protéger et garantir l’ordre social »[2] n’a pas été tranché et constitue depuis un invariant de la vie politique française. La Troisième République a surmonté ce paradoxe en s’identifiant à trois grands axes d’action : l’ordre public couplé à la justice, la défense et l’éducation nationale et en bénéficiant d’une société civile stable se reconnaissant dans les valeurs incarnées par l’État. La crise économique et les tensions des années trente ont brisé l’équilibre et le régime de Vichy s’est perdu en imaginant préserver une société figée par la limitation des fonctions de l’État obtenue par un transfert à des groupes corporatistes et en y ajoutant le renoncement moral. La cinquième République a bénéficié dans ses vingt premières années d’une forte légitimité en reconstruisant les rapports entre l’État et la société et faisant de la modernisation sociale et économique une ambition nationale. Cette ambition s’est étiolée au fil du temps et nous vivons depuis plus de trente ans dans une période de transition n’ayant pas assumé de définir un rôle clair à l’État, ce qui justifie la permanence du cruel constat d’Hoffmann formulé dès 1974 affirmant qu’il n’y a eu « ni nouvel équilibre, ni nouvelle synthèse mais des problèmes majeurs ».
Une telle situation n’est guère propice à relever des défis majeurs tels que la régulation de la dette d’autant que les critères du traité de Maastricht que nous avons signé en 1992 pour entrer dans l’Union économique et monétaire européenne étaient contraignants en ce qui concerne la maîtrise de l’inflation, la dette publique et le déficit public, la convergence des taux d’intérêt et la stabilité des taux de change[3].
Il est intéressant de rappeler que la fixation de l’interdiction d’avoir un déficit public annuel supérieur à 3 % du PIB a été demandé par la France, confrontée en 1982 a un déficit budgétaire atteignant pour la première fois 100 milliards de francs. Le PIB prévisionnel pour 1982 étant de 3000 milliards, le ratio des deux chiffres a donné la règle de 3%. Ce chiffre avait été évoqué par le Président Français lors de la huitième édition du G7 organisée à Versailles en juin 1982. Il s’appuyait sur une note de la direction du Trésor indiquant que compte tenu des taux prévisionnels de croissance, d’inflation et d’intérêts, un déficit contenu à 3% permettait de soutenir qu’il n’y aurait pas d’augmentation du ratio entre charge de la dette et PIB. L’argumentation était défendable mais la méthodologie l’était moins car la France a réussi à faire inscrire dans un traité international une règle associant une valeur dépendant exclusivement d’une politique gouvernementale (le déficit du budget de l’État) à une autre (le PIB) dépendant, quant à elle, de la congruence de multiples acteurs économiques dont la plupart étaient hors de la sphère étatique et, sauf à imaginer une économie nationale totalement étatisée, un tel dispositif portait en lui-même les germes de sa contestation.
Le débat sur la dette
Ce débat est le miroir du positionnement de l’État. A ce jour, les éléments de langage en provenance des pouvoirs publics, (abstraction faite du débat porté par l’actuel Premier ministre qui a mis en œuvre l’article 49 alinéa 1 de la Constitution permettant d’engager devant l’Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur une déclaration de politique générale portant sur le constat de la dette et les mesures à prendre pour revenir dans un délai raisonnable dans la fourchette des critères du traité européen) décrivent la dette comme la résultante banale du différentiel entre recettes et dépenses depuis cinquante ans et que le recours à l’emprunt couvre ce différentiel.[4]
La Banque de France propose également sur son site internet des éléments de langage à dominante rassurante à date de fin août 2025 : La gestion de la dette d’un pays n’est pas la même que celle d’un ménage ou d’une entreprise : en effet, l’État a une durée de vie infinie, et peut augmenter ses revenus (en augmentant les impôts). En outre, ses dépenses et ses recettes ont un impact direct sur l’économie : la dette permet ainsi de soutenir l’économie en période de faiblesse de l’activité, ou de réaliser des investissements d’avenir (éducation, transition écologique…). Ainsi, les dépenses exceptionnelles de la période Covid (chômage partiel, bouclier tarifaire…) ont permis à notre économie de ne pas connaître une trop grande dégradation, et de sauvegarder de très nombreux emplois. De même, investir aujourd’hui dans les énergies renouvelables ou un nouvel hôpital, en faisant peser la charge de remboursement sur l’ensemble de durée de vie de l’équipement, est souhaitable. Il y a bien une alerte après ce paragraphe : « En revanche, la dette devient problématique lorsqu’elle n’est pas contrôlée, notamment lorsqu’elle permet de couvrir des dépenses de fonctionnement « courantes ». Mais cet avertissement est immédiatement contrebalancé par un rappel historique : « aucun grand pays développé n’a réellement remboursé sa dette publique. Le Royaume-Uni, par exemple, traîne encore aujourd’hui des dettes accumulées depuis les guerres napoléoniennes du début du XIXe siècle. De même, la France n’a jamais totalement remboursé les emprunts contractés pour financer la Première et la Seconde Guerre mondiale. En réalité, les États ne cherchent pas tant à rembourser leur dette qu’à la rendre soutenable, c’est-à-dire à faire en sorte que son poids diminue par rapport à la richesse nationale ».
Suit un nouvel avertissement : « La clé réside donc dans la croissance économique. Si le PIB croît plus vite que la dette, son poids relatif diminue mécaniquement. Par exemple, après la Seconde Guerre mondiale, la France affichait une dette publique de plus de 200 % du PIB, mais la forte croissance des Trente Glorieuses a permis de la réduire considérablement sans qu’il soit nécessaire de la rembourser activement ».
La Banque de France développe ensuite un argumentaire rappelant que la position française ne peut être comparée à celle des Etats-Unis ou du Japon qui affichent des taux d’endettement largement supérieurs.[5]
La nouveauté du débat public en France est de rendre audible le fait que la perte de confiance des investisseurs étrangers entraînera des tensions sur les marchés obligataires et une hausse des coûts d’emprunt (au 1er septembre 2025 à 3,54 % pour les emprunts à dix ans émis par l’État), avec pour corollaire que la France ne pourrait pas faire face à une crise extérieure d’ampleur (accident économique ou financier, type crise subprimes, catastrophe naturelle de grande ampleur, crise sanitaire et crise de sécurité) dont nous avons pu mesurer les potentialités depuis une vingtaine d’années[6].
L’objet de cet article n’est pas de disserter sur les modalités et le niveau de remboursement de la dette française mais d’alerter sur le fait que ce débat est indissociable d’un positionnement clair de l’État sur son rôle. L’économie française n’est pas sans ressources mais encore faut-il ne pas les dilapider et se perdre dans des débats que les partis populistes de droite et de gauche orientent dans des directions sans espoir en faisant miroiter qui, une annulation de la dette publique détenue par la Banque Centrale Européenne (BCE)[7] , qui une diminution de la contribution française au budget de l’UE, ou encore une optimisation de la lutte contre la fraude fiscale avec un affichage de montants récupérables invérifiable, ou encore une réduction des dépenses imputables à l’immigration sans en traiter les fondements économiques et enfin une gestion de la dette « par le besoin » en préconisant que l’État adapte ses recettes aux dépenses… En tout état de cause, les propositions affichées ne peuvent être viables qu’à la condition de les discuter au niveau européen, ce qui pose un autre problème majeur, celui de voir les pays de l’UE les moins endettés sortir de l’Euro, entraînant ainsi une crise financière d’ampleur pour la France …
Le rapport d’information du Sénat sur l’avenir des dettes publiques, déposé en novembre 2021[8] dresse de manière quasi exhaustive toutes les pistes possibles y compris le concept de « dette perpétuelle » qui n’a de sens que si sa charge est supportable.[9]
Sans aller plus loin dans la démonstration de la complexité du sujet, il en ressort une constante souvent oubliée que « Le monde que nous avons en tête n’est pas une réplique exacte de la réalité ». C’est ce que rappelle le prix Nobel d’économie 2002, spécialiste de l’économie comportementale dans le chapitre 13 de son ouvrage Système 1, systéme2, les deux vitesses de la pensée consacré au thème Disponibilité, émotion et risque[10].
Ce biais est très présent dans le débat sur la dette et donne corps à des idées, qui sous couvert de leur simplicité d’accès vont se diffuser d’autant plus facilement. C’est ce qui explique le grand succès de l’ouvrage de David Graeber, anthropologue et théoricien de la pensée anarchiste aux États-Unis en Amérique du Nord, Dette 5000 ans d’histoire[11]. Graeber fait la démonstration que l’utilisation de mots comme « culpabilité », « pardon », « rédemption » mais aussi la conception occidentale basée sur le concept judéo chrétien du bien et du mal que l’on retrouve dans les écrits religieux provient des affrontements sociétaux sur la dette. Cette dernière est présentée comme une construction sociale sur laquelle le pouvoir s’appuie pour se perpétuer. La démonstration de Graeber, fondée sur des exemples tels que les débiteurs insolvables contraints à devenir esclaves sont à l’origine d’un système qui s’est perpétué jusqu’à nos jours avec un crédit qui étouffe les plus pauvres, États comme particuliers…. La démonstration n’est pas totalement a rejeter notamment sur les aspects religieux mais il est difficile d’adhérer en bloc à une démonstration qui aboutit a justifier l’effacement des dettes pour éviter l’explosion sociale avec une référence à la civilisation mésopotamienne qui savait « effacer les tablettes »…
A y regarder de plus près, la démonstration de Graeber n’est pas révolutionnaire car l’effacement ou la remise de dettes est une pratique courante que ce soit pour les dettes des particuliers ou des États. L’utopie de Graeber va au-delà car il préconise à la fin de son ouvrage un effacement général des dettes pour repartir sur une nouvelle base mais sans dire avec quelle société ? Sur ce point, son projet demeure une utopie totale car un tel « reset » supposerait un monde totalement harmonieux et sans conflit. Qui n’en rêverait pas ?
S’agissant de la mise en œuvre de mesures de réduction de la dette, le sujet, à ce stade de la crise actuelle que traverse l’État, ne peut se traiter sans faire l’économie d’une remise à plat des missions de l’État.
Que pourrait un État démocratique confronté à une fronde de plusieurs dizaines de milliers de contribuables décidés à ne pas s’acquitter de l’impôt ? Les groupes de pression multiples ne manquent pas et certains testent régulièrement la capacité de l’État à exercer la souveraineté nationale. Force est de constater que les gouvernants se trouvent toujours dans l’obligation de faire droit à des demandes qui bénéficient d’un fort taux d’adhésion dans la population. Les exemples de conflits sociaux débouchant sur des violences et ensuite sur des mesures prises par les gouvernements sous la contrainte de ces pressions ne manquent pas…
Que se passerait-il si un rassemblement significatif de plusieurs dizaines de milliers de personnes occupait la place de la Concorde pour exiger la prise de mesures économiques catégorielles remettant en cause par exemple le volet économique du traité de Maastricht ? L’État ne pourrait vraisemblablement faire preuve de fermeté qu’en s’appuyant sur la conviction profonde, partagée par une large majorité de citoyens, que la réforme qu’il propose est inéluctable et surtout utile.[12]
Force également est de constater que la crise actuelle de l’État provient aussi pour partie de son inaptitude à empêcher l’éclatement des solidarités. Cette faillite des régulations est toujours présente car pour l’instant notre seule réponse à ce défi majeur a été de mettre en place des stratégies d’évitement du débat en feignant de croire que la multiplication des espaces de concertation constituerait un rempart à la démocratie. Le politique a ainsi réussi au-delà de toute espérance, d’ancrer la conviction dans les populations que son champ d’action porte sur des circonstances sur lesquelles il n’y a que très peu de prise. Nous assistons ainsi au divorce consommé entre l’action et la parole[13]. La démocratie issue du siècle de Rousseau, toujours frappée des stigmates de la barbarie qu’elle n’a pu empêcher au vingtième siècle est d’autant plus fragilisée que la barbarie moderne s’appuie et prospère sur la digitalisation de la société qui s’est insinuée dans tous les compartiments qui la compose.
Une analyse voisine de celle de Manent se retrouve chez Tzvetan Todorov. Il l’a livrée dans son ouvrage : Les ennemis intimes de la démocratie[14] : «La démocratie sécrète en elle-même des forces qui la menacent, et la nouveauté de notre temps est que ces forces sont supérieures à celles qui l’attaquent du dehors. Les combattre et les neutraliser est d’autant plus difficile qu’elles se réclament à leur tour de l’esprit démocratique et possèdent donc les apparences de la légitimité. »
Quelle issue ?
Redresser les comptes publics nécessite de recourir à des méthodes et des outils économiques connus mais le faire sans traiter le mal à la racine ne nous donnera au mieux que quelques années de sursis. La complexité des rapports économiques et sociaux est une réalité à laquelle l’État est confronté. Plus l’État intervient dans le jeu des acteurs, plus il prend le risque de compromettre ou d’amoindrir les résultats globaux de ces acteurs. En tentant de « plaquer » sur les échanges des acteurs économiques qui mobilisent des flux d’informations extrêmement denses, des informations publiques immanquablement plus limitées, le jeu est faussé et l’État ne répond même plus à son rôle d’arbitre. Il ne s’agit pas de créer des mécanismes pour protéger l’État, mais que ce dernier garantisse l’effectivité des dispositifs indispensables aux acteurs économiques pour faciliter leur développement et leur prospérité.
Cette nouvelle approche réhabilite l’utilitarisme et la promotion d’une éthique conséquentialiste qui présente l’avantage d’être tournée vers le futur. C’est ce que défendait Jérémy Bentham au XVIIIème siècle en expliquant que ce qui produit les meilleures conséquences est aussi le meilleur. Si le but principal est la recherche du bonheur, les buts secondaires pour y parvenir sont la subsistance, la sécurité, l’abondance et l’égalité, tout en reconnaissant que la subsistance a priorité sur l’abondance et que la sécurité doit être garantie pour préserver l’égalité des chances entre chaque citoyen.
Ne pas affronter le débat lors des prochaines échéances électorales sur les limites du rôle de l’État nous fera glisser vers un inconnu dangereux touchant à la nature du régime politique que nous souhaitons, démocratique ou pas ? C’est pour cela qu’il est indispensable de faire un choix entre un État portant tous les risques, ce qui impliquera d’accepter que toutes les pertes (dépenses sociales, catastrophes etc…) soient refinancées par la fiscalité, et par conséquent fera supporter in fine la charge à chaque citoyen ou alors accepte t’on de débattre sur la répartition des risques, ceux portés par l’État et ceux portés par les autres acteurs avec comme seul critère l’efficacité de leur traitement ?
En savoir plus sur la dette française: Site FIPECO (Finances Publiques et Économie) association sans but lucratif présentant en toute indépendance, des informations et des analyses sur les finances publiques et l’économie. Elle est présidée par François ECALLE, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, ancien rapporteur général du rapport de la Cour des comptes sur la situation et les perspectives des finances publiques, ancien membre du Haut Conseil des finances publiques, ancien membre de l’Autorité de la statistique publique.
https://fipeco.fr/fiche/Les-d%C3%A9finitions-du-d%C3%A9ficit-et-de-la-dette-publics#haut
En savoir plus sur la dette dans le monde : OCDE ; Rapport sur la dette mondiale 2025
https://www.oecd.org/fr/publications/rapport-sur-la-dette-mondiale-2025_e334697f-fr/full-report.html
[1] Voir sur ce point le remarquable ouvrage « Essais sur la France, déclin ou renouveau » publié en 1974 par Stanley Hoffman, professeur à Harvard où ses travaux portèrent sur l’étude des relations internationales et la vie politique et intellectuelle de la France, où il vécut de 1928 à 1955. Il quittera l’université Française à cette date en raison d’un désaccord avec sa directrice de thèse en droit sur l’orientation de ses travaux. Il créera le Centre d’études européennes de l’Université d’Harvard en 1968 et il sera directeur d’études de civilisation américaine à l’EHESS de 1983 à 1984. Le professeur Hoffman avait la nationalité française. Il sera très proche de Raymond Aron. Il est mort en 2015 à Cambridge. Essais sur la France a été édité dans la collection Esprit aux Editions du Seuil.
[2] A la recherche de la France ; Ouvrage collectif publié en 1963 aux Editions du Seuil. Celle analyse, réalisée par une équipe d’Harvard associant le sociologue Jesse R. Pitts, spécialiste américain de la société française, Charles Poor « Charlie » Kindleberger, historien de l’économie et spécialiste de l’économie internationale, Stanley Hoffmann et pour les contributeurs français, Jean-Baptiste Duroselle et François Goguel traitent le sujet et décrivent avec pertinence les paradoxes de la communauté politique française et les difficultés auxquelles est confrontée la structure sociale française entre le besoin de transformation et la permanence d’invariants depuis l’ancien régime.
[3] Ce dernier critère, en fait une interdiction de dévaluer la monnaie nationale, est sans objet depuis le passage à l’Euro le 1er janvier 2002. En plus de l’interdiction d’avoir un déficit annuel supérieur à 3%, les autres critères décrits dans l’article 121 du traité définissent des zones à ne pas dépasser. S’agissant de la stabilité des prix, le taux d’inflation d’un État membre ne doit pas dépasser de plus de 1,5 point celui des trois États membres présentant les meilleurs résultats dans ce domaine ; Les taux d’intérêt à long terme ne doivent pas excéder de plus de 2 % ceux des trois États membres présentant les meilleurs résultats de stabilité des prix et la dette publique doit être inférieure à 60 % du PIB. La France ayant de mauvais résultats a obtenu en 2005 un soutien de l’Allemagne pour un assouplissement de ces critères permettant un dépassement « exceptionnel et temporaire » sous la justification de tenir compte de la situation économique et des réformes structurelles engagées.
[4] https://www.economie.gouv.fr/decryptage-5-minutes-pour-comprendre-la-dette-publique Le vote sur la déclaration de politique générale se déroulera le 8 septembre 2025.
[5] La dette publique américaine se situe aux alentours de 34 000 milliards $, soit environ 123 % de son PIB et se trouve pour l’instant à l’abri d’un défaut de paiement en raison de la position du dollar comme monnaie de référence mondiale et d’un statut de la banque fédérale de réserve qui peut émettre des bons du trésor de manière illimitée. Pour le Japon, la dette publique représente 250 % de son PIB, mais elle est détenue à plus de 90% par les ménages et les institutions financières japonaises à la différence de la France où la part des investisseurs étrangers est de 60%.
[6] Voir notamment sur le sujet les notes d’Agnès Bénassy-Quéré, chef économiste de la direction générale du Trésor de juin 2020 à février 2023, et seconde sous-gouverneure de la Banque de France depuis 2023. Elle est également professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’École d’économie de Paris.
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2020/11/30/dette-publique-qui-va-payer
[7] Voir sur le sujet également une analyse très équilibrée d’Agnès Benassy-Queré qui fait la part des choses entre les différentes solutions mises sur la table pour annuler une partie de la dette publique. https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2020/11/30/annuler-la-dette-detenue-par-la-bce-est-ce-legal-utile-souhaitable
[8] Sénat : Rapport d’information n° 139 déposé le 10 novembre 2021. https://www.senat.fr/rap/r21-139/r21-1391.pdf
[9] La dette perpétuelle pour être attractive doit proposer un taux d’intérêt élevé, donc pénaliser les finances publiques et inversement si elle propose un taux d’intérêt faible, elle ne présentera pas d’attrait pour des investisseurs. La mise au bilan d’une banque centrale d’une dette perpétuelle est donc techniquement possible quel que soit le taux d’intérêt ou même son absence car l’intérêt versé par l’État constitue un bénéfice pour la banque centrale qui le reverse à l’État. La faiblesse d’un tel dispositif réside dans le fait que la banque centrale voit sa possibilité d’influer sur la création monétaire, pratiquement réduite à néant car elle ne pourrait céder les titres de dette qu’elle détient.
[10] Daniel Kahneman ; Thinking Fast & Slow, New York ; Editeur Farrar, Straus and Giroux ; 2011. Traduit en français : Système 1/Système 2. Les deux vitesses de la pensée ; Flammarion, 2012 ;
[11] David Graeber ; Dette 5000 ans d’histoire ; Editeur ; Les liens qui libèrent ; 2013 ;
Voir également ; David Graeber, David Wengrow ; Au commencement était, Une nouvelle histoire de l’humanité ; Les liens qui libèrent ; 2023. L’approche universelle d’appropriation du pouvoir plutôt que l’approche traditionnelle académique de l’État qui s’est répandue depuis les écrits de Jean Bodin au XVI siècle. Les deux ouvrages privilégient une approche universelle d’appropriation du pouvoir en s’inscrivant contre les approches classiques de la définition de l’Etat.
[12] A titre d’exemple les manifestions de l’automne 2010 qui ont mobilisé en plusieurs fois des millions de personnes n’ont pas franchi un seul d’intensité qui aurait provoqué une grave crise politique et vraisemblablement un changement de gouvernement. Il en aurait été autrement si l’appel à la grève générale lancé par certaines centrales syndicales avait été suivi. La grève des cheminots, qui a constitué la partie la plus visible et la plus perturbatrice du mouvement n’a pas revêtu les caractères d’un conflit dur car un « service minimum » a fonctionné de fait.
[13] Pierre Manent ; les Métamorphoses de la Cité : Essai sur la dynamique de l’Occident ; La lecture de cet ouvrage donne les clés pour comprendre pourquoi nous sommes en crise et pourquoi cette crise est ancrée dans la durée. Tout au long des trois parties de son ouvrage : L’expérience originelle de la cité, l’énigme de Rome et l’Empire, l’Église et la Nation ; l’auteur rend visible la succession historique qui a structuré l’occident. Ce fil conducteur apparaît dans la première partie de l’ouvrage qui présente le passage de la cité à l’empire, puis à l’Église, et enfin à la Nation. Cette dernière forme, considérée comme la plus aboutie, n’a pu empêcher les guerres mondiales, les génocides et les dictatures qui leur ont été contemporaines ou celles qui leur ont succédé. La seconde et la troisième partie décrivent l’évolution de la cité vers la Nation et la médiation de la religion. Ce dernier détour met en évidence l’éternel débat entre l’obéissance à une loi supérieure (l’interdiction faite par Dieu de toucher au fruit de l’arbre défendu pour le bien de l’homme) et le libre arbitre, « l’amour de soi » décrit par Rousseau qui pousse à se rebeller contre l’arbitraire de cet ordre suprême. La cité de Saint Augustin ne peut se retrouver dans la Nation de Rousseau. Saint Augustin conçoit la loi divine comme devant susciter une obéissance salutaire et Rousseau comme devant susciter une rébellion épanouissante… Faute de pouvoir susciter une synthèse des deux approches, depuis l’effondrement du religieux nous ne pouvons que vivre dans un état de crise. Voir notamment le chapitre III de la partie I « l’opération civique » et le chapitre III de la partie III « l’enjeu de la médiation » ; Flammarion ; 2010.
[14] Tzvetan Todorov ; Les ennemis intimes de la démocratie ; Robert Laffont ; 2012 et Mémoire du mal, tentation du bien ; Robert Laffont 2010.
