Comprendre les crises (116)Le comité européen du risque systémique

Les risques systémiques et existentiels ont déjà été évoqué dans ce blog avec notamment le post 22 qui traitait de la prise en compte des chaînes de valeur. Écrit quelques mois après la catastrophe de Fukushima, survenue en mars 2011, il évoquait les travaux de l’OCDE sur les chocs mondiaux publiés en juin 2011. Le post 108 traitait quant à lui du risque existentiel, ultime catégorie des chocs globaux dont la survenance pourrait conduire à une extinction partielle ou totale de l’humanité. https://gerard-pardini.fr/2023/09/02/comprendre-les-crises-108-le-risque-existentiel/

Il m’a semblé utile de compléter cette série en évoquant le Comité européen du risque systémique (CERS) créé en 2010 avec pour objectif d’assurer la surveillance macroprudentielle du système financier de l’Union européenne (UE) et de contribuer à la prévention ou à l’atténuation des risques systémiques au sein de l’UE. A ce titre, le CERS est une composante essentielle du Système européen de surveillance financière mis en place à la même date pour disposer d’un outil d’alerte et de prévention dont la crise financière mondiale de 2007-2008 avait montré la pertinence. Le CERS est installé en Allemagne à Francfort-sur-le-Main au siège de la BCE, dont la présidente, Christine Lagarde est également présidente du CERS.  Les principales missions du Comité sont d’identifier les risques systémiques et les classer par degré de priorité ; émettre des alertes, fournir des analyses de situation au Conseil de l’UE et en contrôler le suivi. Il assure également la coordination avec le Fonds monétaire international et le Conseil de stabilité financière. La France est représentée par le gouverneur de la Banque de France, le (la) président (e) de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et le (la) secrétaire général (e) de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). On compte également à date trois économistes français parmi les 15 membres du comité scientifique consultatif qui conseillent le Comité. Il s’agit de Christian Gollier (École économique de Toulouse), Laurent Calvet (SKEMA) et Bruno Biais (HEC).

Pour illustrer son rôle, on peut signaler l’avis rendu en septembre 2022 faisant part de préoccupations significatives quant au niveau d’incertitude croissant et à la probabilité accrue que des scénarios de risque extrême se concrétisent en raison notamment de la détection de trois risques systémiques graves pour la stabilité financière : (1) la détérioration des perspectives macroéconomiques combinée au durcissement des conditions de financement créant de nouvelles tensions sur les bilans des sociétés non financières et les finances des ménages dans les secteurs et les États membres les plus touchés par la hausse rapide des prix de l’énergie. (2) les risques sur la stabilité financière résultant d’une forte baisse des cours des actifs, situation t susceptible de provoquer d’importantes pertes évaluées par rapport aux valeurs du marché, qui, à leur tour, peuvent amplifier la volatilité du marché et provoquer des tensions sur la liquidité. (3) la détérioration des prévisions macroéconomiques qui pèse sur la qualité des actifs et sur les perspectives de rentabilité des établissements de crédit. Si le secteur bancaire européen dans son ensemble est bien capitalisé, une détérioration prononcée des perspectives macroéconomiques entraînerait une nouvelle augmentation du risque de crédit à un moment où certains établissements de crédit sont toujours en train de résoudre les problèmes de qualité des actifs liés à la pandémie de COVID-19. La résilience des établissements de crédit est également influencée par des facteurs structurels, notamment la surcapacité, la concurrence de nouveaux prestataires de services financiers ainsi que l’exposition aux risques climatiques et de cybersécurité. En plus de ces trois risques systémiques graves pour la stabilité financière, le CERS a également recensé des fortes vulnérabilités dans le secteur de l’immobilier résidentiel, une détérioration des perspectives macroéconomiques aggravant les difficultés du secteur de l’immobilier commercial, la guerre en Ukraine accroissant la probabilité d’incidents de cybersécurité de grande ampleur susceptibles de perturber des infrastructures économiques et financières critiques et de gêner la fourniture de services économiques et financiers essentiels  et enfin des conditions financières pesant sur la dynamique de la dette souveraine à moyen terme.

Ce constat de fin 2022 est encore d’actualité car les risques systémiques décrits sont bien susceptibles d’entrainer de graves répercussions pour l’économie réelle de l’UE ou de l’un ou plusieurs de ses États membres et pour le fonctionnement du marché intérieur.

Si nous pouvons nous réjouir de disposer de telles structures qui montrent que nous savons tirer les leçons des crises précédentes, il faut néanmoins être lucide et admettre que nous sommes dans un moment ou les risques systémiques englobent un champ allant bien au-delà de l’économie car la sphère publique toute entière est entrée en zone de fortes turbulences avec une détérioration à l’échelle de plusieurs continents des systèmes démocratiques qui sont contestés par de plus en plus de citoyens qui ne se retrouvent plus dans la prise de décision politique. Traiter les risques systémiques sans mise en place d’une profonde réforme permettant d’exprimer des opinions et former des décisions en préservant leur caractère délibératif serait vain et créateur de « surcrises » désastreuses.

En savoir plus :

Travaux de l’OCDE sur les chocs mondiaux :

Règlement instituant le Comité européen du risque systémique (CERS) :   No 1092/2010 du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010.

Alerte du comité européen du risque systémique du 22 septembre 2022 sur les vulnérabilités du système financier de l’Union :


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